Terrorisme en Tunisie : La main invisible des « Fréristes »


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Ahmed et Mohamed Amine Gueddes, deux des trois auteurs de l’attentat.

Il suffit de remonter à 2011 et d’analyser les circonstances politiques ayant entouré les attentats terroristes pour confirmer le lien entre la branche politique et la branche militaire de la section tunisienne des Frères musulmans. En effet, chaque fois que la secte «frériste» tunisienne veut mettre la pression sur l’Etat ou se sent menacée ou essuie un échec politique, le terrorisme se déchaîne comme par enchantement.

Par Mounir Chebil *

Dimanche 6 septembre 2020, à 6h30 du matin, une action terroriste est perpétrée, à moins de 10 Km de la ville de Sousse, contre une brigade des agents de la garde nationale affectée à la sécurité du rond point sur la GP1, au niveau de la bretelle desservant la ville d’Akouda, vers l’ouest, et celle reliant cette route nationale à la station touristique d’El-Kantaoui, vers l’est. Les faits ayant été largement repris par tous les médias, il serait opportun de sonder les dessous de cet attentat terroriste avec lequel les islamistes ont accueilli le gouvernement de Hichem Méchichi.

Cet attentat coïncide avec la célébration du 64e anniversaire de la Garde nationale et l’investiture du premier gouvernement, depuis la «Troïka», la coalition conduite par le parti islamiste Ennahdha, ne comprenant pas de ministres nahdhaouis à part un sous-marin, nommé au poste de ministre de la Justice. Ces constatations font penser que les exécutants de cet attentat ne seraient pas le fait de loups solitaires islamistes qui agissent au gré de leurs prédispositions propres et des possibilités qui leur sont offertes. Ils feraient, plutôt, partie d’une cellule terroriste dormante reliée à une organisation islamiste structurée et hiérarchisée.

Un attentat bien organisé et au timing bien étudié

Les membres de cette cellule d’Akouda ont certainement subi un lavage du cerveau et ont été préparés mentalement et psychologiquement pour commettre de tels actes à la première demande. Le propre des cellules dormantes, c’est qu’elles doivent rester en mobilisation permanente et n’entrent en action que suite à un ordre qui leur parvient le plus souvent par des intermédiaires liés à la haute hiérarchie de la nébuleuse islamiste, agissant toujours dans l’ombre. Ces éléments sont gavés par la théorie du jihad dans la pure forme kharijite et wahhabite et telle qu’adoptée par la suite par la secte des Frères musulmans.

Les frères Gueddes, auteurs de l’attentat, auraient été embrigadés et entraînés depuis assez longtemps, menant une vie discrète pour ne pas être soupçonnés ni d’extrémisme religieux ni de connivences suspectes. Des révélations ont montré qu’ils n’étaient pas inconnus des milieux nahdhaouis. Le père de ces deux frères serait un cadre local d’Ennahdha, ce qui expliquerait la présence de Yamina Zoghlami au mariage de l’un de ses fils. Le troisième terroriste est originaire du gouvernorat de Siliana et travaillait par intermittence à Akouda. Il pourrait bien être en contact avec des milieux terroristes nahdhaouis implantés dans ce gouvernorat ou celui de Kasserine, vivier du terrorisme tunisien. Donc, le troisième auteur de l’attentat aurait été affecté pour l’embrigadement et l’encadrement de jeunes appelés à s’engager dans le jihad. Il serait aussi l’agent de liaison qui aurait passé le mot d’ordre pour l’exécution de l’attentat d’Akouda, qu’il aurait lui-même reçu de ses chefs directs qui l’auraient eux aussi reçu d’instances qui leur sont supérieurs… L’enquête aurait révélé qu’il avait essayé de recruter un takfiriste de sa région pour participer à l’attentat d’Akouda.

Ridha Gueddes, le père des deux terroristes, était (ou est) membre d’Ennahdha.

Les branches politique et militaire travaillent en vase communiquant

Depuis sa création en Egypte en 1928, l’organisation des Frères musulmans comprend deux branches principales. D’une part, il y a la branche politique qui agit dans la légalité ou la semi clandestinité exploitant les voies institutionnelles pour le changement politique. D’autre part, il y a une aile militaire agissant toujours dans la plus grande clandestinité, et dont la mission est de préparer, en parallèle, les changements politiques par la force ou, le cas échéant, de semer la terreur terroriste pour peser sur les rapports de forces en faveur des islamistes.

La branche politique a une poigné d’agents de liaisons maintenant les rapports avec la branche militaire, supervisée par le chef du mouvement, seul ou en collaboration avec un cercle très restreint d’hommes de confiance. À cet effet, la branche armée des Frères musulmans agit généralement en fonction des agendas de l’aile politique, seule ou parfois en coordination avec d’autres groupes terroristes avec lesquels elle est en liaison selon la particularité de l’opération à accomplir. Car, les Frères musulmans et les groupes jihadistes autonomes travaillent en vase communiquant étant donné leur unité idéologique. Leurs divergences se situent au niveau des tactiques à suivre. Les jihadiste ne croient qu’à l’action violente contre ceux qu’ils qualifient d’impies, pour imposer le règne de la charia.

Dans l’organisation des Frères musulmans, l’action terroriste ne s’accomplit pas sans que le chef de l’organisation, seul ou en collaboration avec son petit cercle intime, ne donne son accord d’une manière explicite ou implicite ou par messages codés, ou par des signes qui paraissent anodins, mais qui sont significatifs pour les initiés. Les détails sont du ressort des sections chargées de la planification et de l’exécution de l’action terroriste.

Ce sont, donc, des membres de la haute hiérarchie «fréristes» qui planifient les actions de la branche armée, choisissent le timing et le lieu de l’exécution. L’action à entreprendre doit être symbolique, et porter des signaux destinés à l’opinion publique et aux acteurs politiques. Ceux qui commettent le crime sont de simples exécutants qui peuvent ne rien savoir sur les tenants et les aboutissants de l’opération sauf que leur «martyre» leur ouvrirait la porte du paradis et du charme des houris.

Les symboles et les buts visés par la nébuleuse islamiste

Pour ce qui est des symboles, le lieu d’El-Kantoui est symbolique pour son importance sur le plan économique et touristique. Il est symbolique aussi, car, il a connu déjà des frappes terroristes en 1987. C’étaient des hauts dignitaires actuels des frères musulmans tunisiens qui les ont commis. Le 26 juin 2015, un attentat terroriste contre l’hôtel Marhaba à El-Kantaoui a fait 39 morts et autant de blessés parmi les touristes. Le tourisme tunisien ne s’en est pas relevé depuis. C’était le but recherché par le parti «frériste» dont le but est de semer le chaos en Tunisie, tant qu’il n’est pas arrivé à monopoliser le pouvoir.

Autre symbole, la célébration du 64e anniversaire de la Garde nationale qui n’a pas laissé de répit aux terroristes. Elle est arrivée à les étouffer après avoir mis hors d’état de nuire des centaines d’entre eux, détruits leurs caches d’armes et leurs cellules.

Pour le timing, à part le fait que l’attentat était commis le jour de la célébration du 64e anniversaire de la Garde nationale, il a coïncidé avec l’investiture du gouvernement Mechichi qui n’était pas du goût de Rached Ghannouchi, le gourou de la section tunisienne des Frères musulmans. Ce gouvernement représente un grand défi pour le parti «frériste» d’Ennahdha qui se trouve écarté du gouvernement. Le lien entre la résolution de la crise gouvernementale après la démission d’Elyes Fakhfakh et cet acte terroriste est clair. Il est venu pour marquer le mécontentement des islamistes et pour lancer des menaces au gouvernement Mechichi de perpétuation de nouveaux actes terroristes qui le fragiliseraient s’il ne se soumettait pas à leur diktat.

Des coïncidences, dites-vous, ou lien de cause à effet ?

Habib Essid était investi le 6 février 2015 en tant que chef d’un gouvernement honni par Ennahdha, et le 10 février, un attentat terroriste a été perpétré. Dans la nuit du 17 février, une attaque contre une patrouille de la Garde nationale a fait 4 morts parmi ses agents. Les fleurs de bienvenue aux couleurs du sang sont au bout des couteaux, des canons des kalachnikovs et des mèches des bâtons de dynamite.

Quarante-huit heures tout au plus, après l’attentat d’Akouda, le chef de gouvernement Hichem Mechichi est menacé en coulisse par le parti «frériste» d’Ennahdha et ses deux ouistitis, Qalb Tounes et Al-Karama, ses alliés de fortune, par la dissolution de son gouvernement s’il n’opérait pas un remaniement ministériel à leur mesure dans un délai de trois mois. S’il résistait, les enfants qui rappelaient Rached Ghannouchi sa jeunesse, les jeunes sportifs du mont Chaambi d’Ali Larayed, les 100.000 kamikazes de Noureddine Bhiri, pourraient bien péter le feu avec la même ardeur que du temps du court mandat de Habib Essid, pour épicer les manœuvres parlementaires visant la destitution de Hichem Méchichi.

Ce dernier semble d’ailleurs avoir bien saisi le message, puiqu’aussitôt après il a esquissé un rapprochement avec Ennahdha et son satellite Qalb Tounes. Ceci explique cela. Difficile de ne pas mettre un lien entre la menace et le virage à 180 degré du chef de gouvernement.

Il suffit de remonter à 2011 pour confirmer le lien entre la branche politique et la branche militaire de la section tunisienne des Frères musulmans. En effet, chaque fois que la secte «frériste» tunisienne veut mettre la pression ou se sent menacée ou essuie un échec sur la scène politique, le terrorisme se déchaîne comme par enchantement. Car, si pour arriver au règne de la charia, le sourire de Dracula ne pouvait tromper ses victimes, et que le marteau et la massue trouvaient des résistances, alors ce serait au chalumeau et aux explosifs que les Frères musulmans feraient appel. Le dossier de la section secrète du parti d’Ennahdha est sur le bureau du président de la république Kaïs Saïed. Nous attendons.




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