Fakhfakh Gate: La République irréprochable de Saïed est-elle déjà enterrée?


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Le second grand perdant du Fakhfakh Gate après le principal concerné, le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, n’est autre que celui qui l’a choisi à ce poste à savoir le président de la République Kaïs Saïed. M. Saïed entendait mener à bien son rêve de république irréprochable avec M. Fakhfakh. Le Fakhfakh Gate a-t-il sonné le glas de ce rêve?

Par Imed Bahri

«Ensemble, nous livrerons la guerre à la corruption», c’est dans ces mots que le président de la République Kaïs Saïed avec sa voix rauque et l’air grave s’adressa à celui à qui il remettait la lettre officielle le chargeant de former le nouveau gouvernement, le 20 janvier 2020. Il ne se douta sans doute pas que quatre mois plus tard, un scandale politico-financier allait ébranler la République, saper la crédibilité du soldat qu’il avait choisi pour mener cette guerre avec lui et compromettre son projet.

M. Saïed a (ou avait, on ne sait plus maintenant s’il faut employer le présent de l’indicatif ou l’imparfait de l’indicatif) pour rêve de mettre en place une République irréprochable. L’avènement d’une République irréprochable, et avec son projet de refonte de l’État, sa grande obsession. Qu’en est-il aujourd’hui? Cette République irréprochable est-elle devenue un simple fantasme pour notre président idéaliste?

M. Saïed paye le prix de son mauvais choix

M. Fakhfakh n’était pas le meilleur prétendant à la Primature mais pour M. Saïed il l’était pour la simple raison qu’il n’a pas eu de responsabilité sous l’ancien président Ben Ali et de plus, il a été ministre dans la Tunisie post-révolutionnaire. Et pour M. Saïed, c’est très simple, tous ceux qui ont travaillé avec M. Ben Ali sont des pourris et tous ceux qui ont fait leur apparition sur la scène politique après 2011 même par opportunisme et carriérisme sont les bons. Aussi injuste soit-il et aussi populiste soit-il, tel est le critère de Monsieur «Achaab Yourid». Il s’avère que son critère est bidon et le Fakhfakh Gate l’a montré.

M. Saïed, qui s’accroche à des critères, des idées et des concepts, souvent discutables, comme à des dogmes gagnerait à faire évoluer un tant soit peu son logiciel décalé avec la réalité et très théorique.

M. Saïed, tous ceux qui ont travaillé avec votre lointain prédécesseur Zine El Abidine Ben Ali ne sont pas tous pourris et les carriéristes de l’après 2011 ne sont pas tous intègres comme vous. Aujourd’hui, M. Saïed paye le prix de son choix basé sur un préjugé superficiel et caricatural, selon lequel il suffit pour être un acteur politique de l’après 2011 pour être propre comme un sou neuf.

Par honnêteté intellectuelle, rappelons que ce choix de M. Fakhfakh fut proposé par le parti de Youssef Chahed et plaidé par ce dernier. Et au sein de Tahya Tounes, c’est Riadh Mouakher, ancien ministre de l’Environnement, ami à la fois de M. Chahed et de M. Fakhfakh, qui y a poussé.

L’avenir incertain de sa République irréprochable

Maintenant que le choix de M. Fakhfakh s’est avéré faux et mauvais, quel est l’avenir de la République irréprochable chère à M. Saïed? Déjà, son premier projet à savoir celui de la refonte de l’Etat, un État décentralisé avec une décentralisation poussée à son paroxysme (M. Saïed est un ardent défenseur de la gouvernance locale) est un projet mort-né car il n’a pas de majorité et en plus, il entretient des rapports exécrables avec la classe politique qu’il évite et qu’il prend de haut. «Les hommes qui se qualifient comme politiques», dira d’eux au journal ‘‘Le Monde’’ celui «qui n’est pas intéressé par son poste de président de la République mais par vouloir entrer dans l’histoire», propos tenus dans le même entretien.

Dans tous les cas, la chute de M. Fakhfakh qui a perdu toute crédibilité pour combattre la corruption et pour être l’architecte en chef de la République irréprochable de M. Saïed fait que ce dernier est lui aussi l’autre grand perdant du Fakhfakh Gate. Sa crédibilité, vu que son choix de casting s’est avéré mauvais et que sa République irréprochable est en train de devenir un vœu pieux, lui fait perdre sa crédibilité.

Que lui reste-t-il? Même ses propos incantatoires perdent de leur magie et commencent à se fracasser sur le mur de la réalité. Son «Peuple veut et appliquera ce qu’il veut» prononcé ma semaine écoulée devant la communauté tunisienne en France n’a connu aucun succès. Pire, il est passé inaperçu.

Que fera M. Saïed pendant les quatre années et quatre mois qui lui restent comme président alors que ses deux principaux projets la refonte de l’Etat et la République irréprochable sont stoppés net? Mystère et boule de gomme.



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