Ergogan serre sa mâchoire sur la Libye


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Entretien entre Mevlüt Çavuşoğlu et Fayez Sarraj.

C’est du lourd! Hier, mercredi 17 juin 2020, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a fait dépêcher trois gros pontes de son régime à Tripoli, le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu, son gendre (époux de sa fille Esra Erdoğan) et ministre des Finances Berat Albayrak et, last but not least, le très puissant Hakan Fidan, patron du MIT (les services secrets turcs) et homme des missions difficiles d’Erdoğan.

Par Imed Bahri

Rien n’a filtré de cette visite surprise. M. Çavuşoğlu se contentera de propos aussi diplomatiques, laconiques que vagues: «L’objectif de ce déplacement était d’exprimer une nouvelle fois avec force notre soutien à la Libye. Nous avons discuté de la manière de renforcer notre coopération dans tous les domaines», a déclaré le Turc au cours d’un point presse à son retour en Turquie.

La Libye est un gros morceau qu’Erdoğan n’entend pas lâcher
Mais les analystes estiment que la visite avait pour but le suivi de la mise en œuvre du mémorandum d’accord militaire et de sécurité signé en novembre 2019 entre Tripoli et Ankara en vertu duquel la Turquie intervient militairement pour maintenir le Gouvernement d’union nationale (GUN), conduit par Fayez Sarraj, faisant ainsi pencher la balance en sa faveur et faisant reculer les offensives de l’homme (plus si fort que ça) de l’Est libyen Khalifa Haftar que les communiqués pas très diplomatiques du ministère turc des Affaires étrangères qualifient de «voyou et putschiste».

Cette visite qui fait suite aux incessants allers et venus de Fayez Sarraj à Ankara et Istanbul montre que la Libye est un gros morceau qu’Erdoğan n’entend pas lâcher. Le Turc a fait de la Libye une des pierres angulaires de sa politique étrangère et, depuis un certain temps, lui consacre une stratégie spécifique. Or la question qui se pose: pourquoi Erdoğan serre-t-il sa mâchoire sur la Libye?

D’abord, le président turc a perdu sur tous les plans dans le dossier syrien. La guerre civile syrienne qui dure depuis une décennie lui a fait perdre un des marchés les plus importants pour faire écouler la marchandise turque, tout le commerce terrestre turc dans la région du Levant a été compromis. Et comme un malheur ne vient jamais seul, l’ours russe lui a damé le pion sur le terrain. En Syrie, la Russie a maintenu au pouvoir Bachar Al-Assad et lui a permis de reconquérir le territoire syrien.

Erdoğan veut contrôler toute la Libye

Aujourd’hui en Libye, Erdoğan entend prendre sa revanche sur l’ours russe. Il n’entend pas se faire humilier deux fois et par le même Etat!

Ensuite la Libye n’est pas n’importe quel pays. C’est un gros morceau. Déjà maintenant, elle lui permet de faire écouler beaucoup de sa marchandise turque à l’heure où l’économie turque subit une crise et une très forte inflation aggravés par le Covid-19, la Tripolitaine constitue une bouffée d’air! Que dire s’il met la main sur toute la Libye! Ajoutez à cela le gaz libyen. Au même mois de novembre 2019, un accord de délimitation des frontières maritimes a été signé entre Tripoli et Ankara, accord qui allait à l’encontre de la logique de la géographie et qui faisait fi de l’existence de la Grèce et de Chypre. L’essentiel pour M. Erdoğan, c’est le gaz maritime libyen dont il a promis le début de l’exploration en 2020.

Enfin, objectif non avoué mais non moins ambitieux, la Turquie veut faire de la Libye sa grande porte d’entrée pour l’Afrique subsaharienne. La diplomatie économique turque est dynamique en Afrique et la prise de la Libye avec un pouvoir suzerain (fantoche) qui lui est asservi à Tripoli lui garantira cet objectif.

Le sultan de la Méditerranée pousse ses pions

Oui, on peut penser ce que l’on veut du culotté M. Erdoğan mais il est stratège. Et puis, M. Sarraj arrange les choses, il est aussi docile avec Erdoğan que Bachar Al-Assad avec les Russes. Sarraj n’est pas d’origine turque comme le dit la fausse rumeur. Son père est d’origine «chami» (du Levant) et a été plusieurs fois ministres du Roi libyen Idriss Senoussi déposé par Kadhafi le 1er septembre 1969.

Maintenant, la question qui se pose, Erdoğan qui serre sa mâchoire sur la Libye parviendra-t-il à concrétiser ses schémas en Libye et le très ambitieux enfant du très populaire quartier stambouliote de Kasımpaşa deviendra-t-il le sultan de la Méditerranée? Mystère et boule de gomme.

Le non moins stratège ours russe ne l’entend pas de cette oreille et le bras de fer se poursuit…



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