À propos de Ghannouchi & Co : «Ils ne sont pas dignes de respect», lâche Abdelhamid Jelassi


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Les «frères» ont le blues ou le temps du désamour.

En politique, il y a des signes qui ne trompent pas et qui annoncent la fin des mouvements les mieux structurés. Quand les compagnons d’hier n’ont plus rien à partager et qu’ils commencent à s’adresser des reproches réciproques, c’est que les fissures sont devenues trop béantes et irréparables. Ennahdha, désormais écrasé sous le poids de l’ego surdimensionné de son insatiable président, Rached Ghannouchi, est peut-être arrivé à ce stade…

Par Ridha Kéfi

Abdelfattah Mourou semble avoir mal pris l’absence de réaction de ses «frères musulmans» d’Ennahdha après l’annonce officielle de son retrait définitif de la vie politique. Il s’en est d’ailleurs plaint à son autre «frère» Abdelhamid Jelassi, qui en a parlé, il y a deux jours, dans un post Facebook.

Abdelhamid Jelassi, lui aussi vieux routier du mouvement islamiste tunisien ayant fait de la prison sous Ben Ali pour son appartenance à Ennahdha, a démissionné, il y a quelques mois, du parti présidé par Rached Ghannouchi, en disant tout le mal qu’il pense désormais de ce parti où, pour toute récompense pour les sacrifices consentis, il eut droit à l’abandon et à l’ingratitude.

Mourou se sent abandonné des siens

Ayant rendu visite à son «frère» Abdelfattah Mourou, co-fondateur du Mouvement de tendance islamique (MTI), dans les années 1970, ancêtre d’Ennahdha, Abdelhamid Jelassi, qui était alors le seul à avoir eu cette attention parmi les dirigeants nahdhaouis, a rapporté les sentiments d’amertume et de déception animant cet homme, qui s’est senti abandonné des siens.

Rached Ghannouchi, occupé à «guerroyer» contre le président de la république, Kaïs Saïed, et à manœuvrer pour imposer sa smala dans les hautes sphères de l’Etat et les instances d’Ennahdha, un mouvement aujourd’hui en pleine ébullition, n’a pas cru devoir prendre la peine de téléphoner à son vieux compagnon de route pour lui souhaiter une bonne et paisible retraite. Féliciter Fayez Sarraj pour avoir remporté une bataille décisive contre son adversaire Khalifa Haftar, en Libye, avait plus d’importance à ses yeux. Et pour cause : il y va de l’avenir de l’Organisation internationale des Frères musulmans dont il est un membre dirigeant.

La vitrine se fissure

Silence radio aussi du côté des autres dirigeants du mouvement islamiste, toutes générations confondues. C’est à peine s’ils n’ont pas laissé échapper un ouf de soulagement pour s’être enfin débarrassés de cet encombrant aîné, un bourgeois tunisois au profil plutôt avenant, modéré, courtois et affable, contrastant avec l’image de l’islamiste ombrageux, en colère et plein de haine. Par son amabilité, son bagou et sa bonhomie, il avait pourtant longtemps servi de vitrine et d’alibi à un mouvement où les extrémistes ont toujours eu le vent en poupe.

Le post où il a déploré le sort réservé par ses «frères» à Abdelfattah Mourou, Abdelhamid Jelassi l’a assez justement titré «Ils ne sont pas dignes de respect». Et un tel jugement, de la part de cet homme réservé, à la parole rare et mesuré, a valeur de condamnation définitive. Il exprime aussi l’amertume qu’il ressent lui-même, au terme d’une longue histoire de fraternité, de fidélité, de compagnonnage et de partage, même aux pires moments de souffrance, sous les régimes de Bourguiba et de Ben Ali, et qui s’achève dans l’indifférence, la négligence et l’ingratitude.



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