Le poème du dimanche: ‘‘Pierre noire sur pierre blanche’’ de César Vallejo


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Le poète péruvien César Vallejo, de son nom complet César Abraham Vallejo Mendoza, est le poète péruvien le plus connu au monde et l’une figure de proue de la poésie latino-américaine. Sa poésie mélancolique, sèche et percutante la rend si singulière. Il est le poète du mal-être par excellence.

César Vallejo est né le 16 mars 1892 à Santiago de Chuco, un petit village dans les Andes péruviennes. Il était le onzième enfant d’une famille d’origine indigène et espagnole. Depuis son enfance, il connaissait la misère, mais aussi la chaleur du foyer, loin duquel il se sentait orphelin. Il a étudié la littérature à l’université nationale de Trujillo, au Pérou. Le poète a délaissé l’université plusieurs fois. Travaillant dans des plantations de sucre, il a été témoin de l’exploitation de travailleurs. Cette expérience a influencé sa pensée. Il a reçu sa maîtrise en littérature espagnole en 1915.

Son premier livre poétique ‘‘Les Hérauts Noirs’’ est publié en 1919. Il laisse transparaître une vision triste du monde. Dans son livre suivant, ‘‘Trilce’’ (1922), les poèmes accentuent le pessimisme déjà présent dans l’œuvre précédente mais l’angoisse et la désolation apparaissent avec un nouveau langage poétique, désormais dépourvu de toute trace moderniste.

Après avoir publié ‘‘Trilce’’ en 1923, ayant été emprisonné et ayant perdu un autre poste d’enseignant, le poète engagé a émigré en Europe. Vallejo s’installe à Paris et prend contact avec les avant-gardes européennes. En 1928, il entre au Parti communiste. En proie à de graves problèmes économiques, il survit grâce à de nombreuses collaborations dans des journaux.

En Espagne, Vallejo collabore avec la République. Il écrit quinze textes sur la guerre d’Espagne, qui furent édités en 1939 sous le titre ‘‘Espagne, éloigne de moi cette coupe’’ (faisant ainsi référence à la parole du Christ aux jardins des oliviers «Père, éloigne de moi cette coupe»).

César Vallejo meurt à Paris le 15 avril 1938. Il repose au cimetière du Montparnasse. Aujourd’hui, il est plus que jamais célébré au Pérou, une ville porte son nom de même qu’une Université, une équipe de football et son œuvre est plus que jamais vivante dans ce pays.

A propos de la première strophe de ce poème, Claude Fell écrira dans un article du journal ‘‘Le Monde’’ intitulé «Présence de César Vallejo» : «César Vallejo, poète péruvien, est mort à Paris un jour d’avril 1938, quelques mois après avoir écrit ces vers semi-prophétiques, dictés par la misère, le désespoir et l’angoisse qui donnent à cette poésie sa tonalité dominante. Angoisse devant la destinée de l’homme, né pour mourir; devant le temps, qui dévore toute chose; devant l’injuste dénuement des victimes de la faim et de la misère; devant la difficulté de trouver un langage suffisamment dépouillé pour faire de chaque vers un constat déchirant, une plainte désabusée, ou l’affirmation de l’espoir que l’homme ne doit malgré tout jamais perdre.»

Je mourrai à Paris, un jour d’averse,
un jour dont j’ai déjà le souvenir.
Je mourrai à Paris – je n’en ai pas honte –
peut-être un jeudi d’automne, comme aujourd’hui.

Un jeudi, oui; car aujourd’hui, jeudi, où j’aligne
ces vers, tant bien que mal j’ai endossé mes humérus,
et jamais comme aujourd’hui, je n’ai essayé,
après tout mon chemin, de me voir seul.

César Vallejo est mort, tous le frappaient
tous sans qu’il ne leur fasse rien;
et tous cognaient dur avec un bâton et dur

encore avec une corde; en sont témoins
les jours jeudis et les os humérus,
la solitude, la pluie, les chemins…

Poème traduit par François Maspero.



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