Affaire Khashoggi : La Turquie s’insurge contre la realpolitik de Trump

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Le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman (MBS) sera en visite en Tunisie au début de la semaine prochaine à Tunis. Accusé d’avoir commandité le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, il bénéficie de l’indulgence de nombreux chefs d’Etat, de Donald Trump à Béji Caïd Essebsi, une indulgence qui frise la complaisance complice.

Par Imed Bahri

Après le communiqué de la Maison Blanche paru mardi 20 novembre 2018 dans lequel le président américain Donald Trump avait fait fi de toutes les accusations pointant l’héritier du trône saoudien Mohamed Ben Salman (MBS) y compris celles de la CIA, privilégiant les intérêts économiques des Etats-Unis, sa realpolitik a dérangé la Turquie, théâtre de l’assassinat crapuleux du journaliste Jamal Khachoggi.

La Turquie par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a fait savoir son mécontentement quant à l’attitude de l’actuel locataire de la Maison Blanche. «D’une certaine façon, Trump dit je fermerai les yeux. Il n’y a pas que l’argent qui compte. Ce n’est pas une bonne approche», a-t-il déclaré à la chaîne d’information CNN Turk tout en rappelant que des questions restaient sans réponses dans cette affaire.

Khashoggi vidé de son sang avant d’être démembré

Ces propos interviennent alors que le quotidien turc ‘‘Sabah’’ a distillé ce vendredi 23 novembre 2018 de nouvelles informations sur l’assassinat odieux du journaliste saoudien connu pour ses critiques à l’encontre de l’homme fort de Riyad, Mohamed Ben Salman dit MBS, le 2 octobre dernier, dans le consulat de son pays à Istanbul.

D’après ‘‘Sabah’’, Khashoggi a été tué par étouffement avec un sac sur la tête et par la suite ses meurtriers lui ont ouvert les veines pour le vider de son sang dans une baignoire, avant de le démembrer.

Alors que l’affaire Khashoggi n’a pas encore connu son épilogue et que l’onde de choc ne s’est pas estompée, MBS, dont l’image a été ternie et dont le caractère impulsif et brutal a été décrié par la presse internationale, a débuté ce vendredi 23 novembre, une tournée dans les capitales arabes, y compris Tunis, afin de se donner une image d’un homme fréquentable sur le plan diplomatique et non pas celle d’un homme infréquentable et renié par ses pairs.

MBS bénéficie sur le plan intérieur du soutien indéfectible de son père le Roi Salman et sur le plan international de celui du président américain Donald Trump dont il est très proche du gendre, l’homme d’affaires Jared Kuchner qui sert d’intermédiaire entre son beau-père et les pays du Moyen-Orient que se soit dans le dossier saoudien ou celui des relations israélo-arabes.

Donald Trump, qui s’envolait mercredi 21 novembre pour la Floride où il passe ses vacances de la Thanksgiving dans sa propriété de Mar-a-Lago et s’adonne à sa passion le golf, n’a pas manqué de remercier l’Arabie saoudite pour avoir augmenté sa production pétrolière qui a conduit à la baisse des prix du pétrole.

Donald Trump est soluble dans les pétrodollars

La realpolitik de Trump qui consiste à couvrir MBS a en contrepartie quatre éléments essentiels pour le président américain:

1) La prise en considération des contrats avec l’Arabie saoudite que la mentalité d’homme d’affaires de Trump met au dessus de tout, il avait déclaré dans son communiqué du mardi 20 novembre: «Le royaume (saoudien) a accepté de dépenser et d’investir 450 milliards de dollars aux Etats-Unis. Sur ces 450 milliards de dollars, 110 milliards seront consacrés à l’achat d’équipements militaires auprès de Boeing, Lockheed Martin, Raytheon et de nombreux autres grands contractants de la défense américaine.»

2) La fin de la guerre au Yémen. L’administration Trump par la voix de son secrétaire d’Etat à la Défense, le général James Mattis, avait donné fin octobre 30 jours aux Saoudiens pour mettre fin à la guerre aux désastreuses conséquences humanitaires au Yémen.

3) La baisse du prix du pétrole exigée par Trump qui ne pouvait avoir lieu que si le royaume wahhabite augmente sa production surtout qu’un embargo pétrolier et financier est imposé à l’Iran, important producteur pétrolier, depuis début novembre.

4) Nécessité de l’union des pays du Golfe pour contenir la république islamique d’Iran, «principal soutien mondial au terrorisme», position exprimée par le département d’Etat américain le 17 novembre dernier ce qui laisse entendre que Washington pourrait exiger de Riyad la levée de l’embargo imposée au Qatar.

Un MBS à terre, pointé du doigt par tout le monde y compris par la CIA d’être le commanditaire de l’assassinat crapuleux de Jamal Khashoggi sera infiniment reconnaissant à un Trump qui ne l’a pas lâché tout au long de cette affaire et qui dans l’avenir ne pourra ainsi rien refuser au président américain peu importe ce qu’il lui demande. Le riche saoudien doit donc sa survie politique à Trump qui pourra ainsi obtenir tout ce qu’il veut aussi bien diplomatiquement qu’économiquement. Seul l’intérêt de l’Amérique prime aux yeux de Trump. America First, disait-il.

Vidéo du débat sur l’Arabie saoudite diffusée hier sur Arte avec pour invités l’Iranien, fin connaisseur en géopolitique, Amir Ardavan-Aslani, et le journaliste du ‘‘Figaro’’ spécialiste du monde arabe, Georges Malbrunot:

Affaire Khashoggi : Trump fait prévaloir la realpolitik

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