Benzarti : «Al-Jari n’a pas à me dire ce que je devais faire !»

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Après le limogeage surprise, hier, samedi 20 octobre 2018, de Faouzi Benzarti, la Tunisie va donc se remettre en quête d’un nouveau sélectionneur, le 8e en 12 ans de l’ère Wadi Al-Jari. Ce n’est guère un exemple de stabilité ni la preuve d’une vision claire de la gestion des affaires de l’équipe Tunisie.

Par Hassen Mzoughi

Nommé fin juillet dernier pour remplacer Nabil Maaloul, Faouzi Benzarti ne sera resté que trois petits mois à la tête de l’équipe de Tunisie, avec pour bilan 3 victoires en autant de matches, malgré un fond de jeu décevant. Il a été démis de ses fonctions par la Fédération tunisienne de football (FTF).

En attendant de connaître son successeur début 2019, le duo composé de Maher Kanzari et de Mourad Okbi va assurer l’intérim jusqu’à la fin du mois prochain. La Tunisie disputera ses deux derniers matches sans enjeu des qualifications de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2019) le 16 novembre 2018 contre l’Egypte à Alexandrie, et le 22 mars 2019 contre le Swaziland à Radès.

Etonnante décision, mais guère surprenante, avec tout ce qui se passe à la FTF et dans le football tunisien!

«Je ne suis pas un amuseur…»

D’abord la manière. Pas du tout correcte. Faouzi Benzarti a appris son limogeage via le porte-parole de la FTF, Hamed Maghrebi, qui l’a appelé, hier en fin d’après-midi, pour l’informer de la décision prise à l’unanimité par le bureau fédéral de mettre fin à sa mission, en l’absence du président de la FTF, Wadii Al-Jari, «en mission», a-t-on indiqué du côté de l’instance fédérale. «C’est insultant et humiliant … J’ai été choqué. On est arrivé à ce point !», a réagi Benzarti au micro de Radio Monastir.

Quant aux motifs du licenciement, et en attendant les explications de la FTF, que nous souhaitons convaincantes, les premières indications montrent que le technicien de 68 ans auraient des relations tendues avec «7 joueurs évoluant à l’étranger» qui se seraient «plaints» de la méthode «cassante» du sélectionneur et auraient demandé son départ.

Considérant son limogeage comme «une trahison et une humiliation pour tous les entraîneurs tunisiens», le principal intéressé n’a pas mâché ses mots. Benzarti qui dit avoir tout lâché au Maroc (notamment un salaire 4 fois plus important qu’en Tunisie), pour prendre la sélection en main, sans signer un contrat avec la FTF, croyant avoir affaire à des vis à vis «crédibles», pointe des «membres fédéraux, des joueurs de la sélection et un ancien entraîneur de l’avoir fait tomber»… Il n’en dit pas plus pour le moment mais promet de tout révéler le moment venu!

Concernant, dit-il l’«allégation» selon laquelle le courant ne passait pas avec quelques joueurs, Faouzi Benzarti a balayé d’un revers de la main, affirmant qu’il «sait communiquer avec les joueurs. Qu’est ce qu’ils veulent pour être contents? Je ne suis pas un amuseur. Je ne cherche pas à faire plaisir pour rester tranquilles, comme le font certains. Ce n’est pas à Wadii Al-Jari ni à personne d’autre à la FTF de me donner des leçons ou de me dire ce que je devais faire. Je refuse que l’on cherche à intervenir dans mon travail ni à me forcer à plaire aux joueurs».

Il n’y a pas eu d’évaluation

Les motifs du limogeage de Benzarti, décidé au cours d’une réunion impromptue, restent tout de même flous. Le porte-parole de la FTF, Hamed Maghrebi, a avancé, hier, sur les ondes de Mosaïque FM, que le licenciement du sélectionneur, «sans mettre en question sa compétence, fait suite à l’évaluation faite du rendement de la sélection, des résultats et de la relation du sélectionneur avec les joueurs».

Cette affirmation interpelle à plus d’un titre. D’abord cette évaluation, en admettant qu’elle soit faite, est discutable. Le bilan comptable de Benzarti est conforme au calendrier : 3 matches, 3 victoires et le plein de points. De ce seul point de vue, rien à reprocher au technicien. Et même si l’équipe de Tunisie n’avait pas convaincu, il serait hasardeux d’avancer un jugement tranché après seulement trois matches.

En grand connaisseur devant l’Eternité, Wadii Al-Jari estime que «les prestations techniques» de la Tunisie, sous la direction de Faouzi Benzarti «sont décevantes et ne reflètent pas la valeur du football tunisien». Sans commentaire! Quant à la qualification à la CAN, «elle n’est pas à vrai dire un grand résultat vu le niveau du Niger et du Swaziland et la possibilité pour deux équipes de se qualifier dans chaque groupe», juge-t-il. Avant de comparer avec «l’excellent rendement de la Tunisie pendant un an et demi sous la direction de Maaloul». Sans commentaire !

Que cache ce licenciement ?

Reste donc le troisième grief, celui de ses rapports avec les joueurs. Il a beaucoup pesé sur départ de Benzarti. Le porte parole de la FTF demeure très vague à ce sujet. Il n’explique même pas quel type d’«anicroches» a-t-il eu avec les joueurs.

En admettant que Faouzi Benzarti ait écorché d’une manière ou d’une autre certaines «susceptibilités», ce qui lui ressemble en fait, Wadii Al-Jari a tout de même «patienté» jusqu’à obtenir la qualification pour la CAN avant de le licencier. Et en l’absence d’un contrat signé avec le technicien, il ne s’est pas gêné pour charger le porte-parole de la FTF de l’informer de sa mise à la porte. Quel tact ! Quel courage !

Cela donne à penser qu’il n’y a pas eu évaluation et que le licenciement de Benzarti est strictement d’ordre extra-sportif. Le rendement jugé faible de l’équipe n’étant qu’un prétexte tout trouvé. C’est très probablement un autre incident interne à la sélection que Wadii Al-Jari va encore une fois cacher. Il ne dira pas la vérité, comme il a escamoté la médiocre participation de la Tunisie au Mondial russe, refusant de procéder à son bilan sportif et comptable par des parties neutres.

Ainsi le limogeage de Benzarti perpétue la gestion chaotique de la FTF, de la sélection et du football en général. Après le limogeage «médical» de Kasperczak (pour manque de vigueur mentale, selon Wadii Al Jari), après l’association avec Maaloul qui a transformé la sélection en une véritable secte religieuse, voici Benzarti traité comme un pendant de Nidaa Tounes à Sousse et à Monastir, et un personnage «trop direct» avec des joueurs attachés à leurs «convictions» dogmatiques. Son licenciement serait-il en rapport avec «son franc-parler» avec des joueurs à l’esprit figé?

Mais la question est toujours posée : ce licenciement cache-t-il des dessous graves. Benzarti, dont c’est la troisième déception en sélection, devra parler car il semble détenir des données importantes.

Moins de 3 mois après le départ de Maaloul, la FTF va donc se remettre en quête d’un nouveau sélectionneur, le 8e en 12 ans de l’ère Wadii Al-Jari. Ce n’est guère un exemple de stabilité ni la preuve d’une vision claire de la gestion des affaires de la sélection.

Equipe de Tunisie : La mystérieux limogeage de Faouzi Benzarti

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