Egalité successorale : Mohamed et Samia Abbou assis entre deux chaises

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Le Courant démocratique (Attayar) est un parti sans identité idéologique claire, et il le montre une nouvelle fois à l’occasion du débat actuel autour de la question de l’égalité en matière d’héritage entre l’homme et la femme… et ce en évitant de trancher dans un sens ou dans un autre.

Par Imed Bahri

Le Courant, dont une grande partie de la base électorale est constituée de déçus du parti islamiste Ennahdha, se targue d’être un parti démocrate centriste, plutôt progressiste et plus porté sur la défense des droits et des libertés individuelles, thème qui a longtemps été le dada de son fondateur Mohamed Abbou. Ses positions sur différentes questions restent cependant très ambiguës. Tiraillé entre les attentes d’une base plutôt islamiste et les engagements philosophiques et idéologiques de ses dirigeants, le Courant tergiverse, lévite, louvoie et multiplie les écrans de fumée pour bien cacher ses véritables positions.

Une position inconfortable

Ces écrans de fumée sont d’ailleurs souvent provoqués par la grande gueule de service, la députée Samia Abbou, la parlementaire qui crie le plus fort dans l’enceinte de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), non pas pour exprimer des idées ou faire des propositions pour sortir le pays de la crise (ce n’est visiblement pas son affaire), mais pour s’attaquer aux dirigeants des autres partis, et de préférence à ceux de Nidaa Tounes, et au deux têtes de l’exécutif, ses poils à gratter, le président de la république Béji Caïd Essebsi et le chef du gouvernement Youssef Chahed. Un troisième dirigeant d’Ennahdha, Monhamed Ennaceur, président de l’Assemblée, a souvent goûté lui aussi à son fiel. Cependant, Mme Abbou évite curieusement de s’attaquer aux dirigeants d’Ennahdha, parti au pouvoir, allié de Nidaa Tounes et membre de la coalition gouvernementale. Les craint-elle ou les épargne-t-elle sciemment pour ne pas cracher sur l’avenir?

Classée souvent par les sondages, elle et son époux, parmi les 10 personnalités les plus populaires en Tunisie, Mme Abbou cherche peut-être à préserver ses bonnes relations avec les islamistes pour pouvoir éventuellement solliciter, le jour J., les électeurs d’Ennahdha, dont beaucoup la plébiscitent et lui vouent sinon un véritable culte du moins une sympathie certaine.

La gêne montrée par le Courant démocrate face à la question de l’égalité successorale trahit de manière encore plus évidente cette posture intenable de ses dirigeants, inconfortablement assis sur deux chaises. D’abord, ces derniers ont évité de s’y mêler quand la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) a publié son rapport contenant une proposition relative à cette question et à d’autres (dépénalisation de l’homosexualité, suppression de la peine de mort, légalisation du mariage des musulmanes avec des non-musulmans…), qui ont suscité un tollé général dans les rangs des islamistes, toutes tendances confondues.

L’étrange silence de Mme Abbou

Autre signe intéressant à relever, Mme Abbou, qui a toujours été prête au combat et ne ratant aucune occasion pour s’inviter dans les polémiques en cours et faire parler d’elle, a étrangement disparu et est devenue quasiment sourde et muette. Les vacances à la plage (on ne vous dira pas laquelle) n’expliquent pas tout. Le mot gêne est trop faible pour décrire la position du Courant démocrate, qui est plutôt dans ses souliers ou dos au mur.

Il a donc fallu que les militants du parti montent au créneau, exigent des explications et menacent de revenir au parti Ennahdha, dont la position à propos des propositions du Colibe a été un rejet poli, mais un rejet net, pour que le Courant démocrate se fende enfin d’un communiqué où, dans une parfaite langue de bois, inutile et soporifique, il a décidé qu’il est urgent de ne rien décider.

Renvoyant les deux parties dos-à-dos, les islamistes qu’ils ne veulent pas braquer, et les progressistes pour éviter d’être taxés à leur tour d’obscurantistes et d’ennemis du progrès, les dirigeants du Courant démocrate ont coupé la poire en deux, au risque de mécontenter les uns et les autres.

Donc, en résumé : le Courant est pour les libertés individuelles, mais il préfère laisser aux citoyens le choix d’appliquer la loi civile ou… la charia. Pour noyer davantage le poisson, le parti de Mme Abbou a appelé à éviter les polémiques sur les sujets qui risquent de creuser les divisions et les clivages et, le cas échéant, à organiser un référendum sur la question de l’égalité successorale, sachant que ce référendum n’a aucune chance d’être organisé, car même Ennahdha y serait opposé, le parti islamiste cherchant toujours le consensus qui lui évite de se démasquer.

Reste une dernière question : quand Mme Abbou mettra-t-elle fin à ses vacances et viendra-t-elle remplir à nouveau la coupole du palais du Bardo de ses cris et de ses hurlements ?

Samia Abbou est vraiment à bout…

Samia Abbou osera-t-elle critiquer Imed Hammami ?

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Par Imed Bahri

Le Courant, dont une grande partie de la base électorale est constituée de déçus du parti islamiste Ennahdha, se targue d’être un parti démocrate centriste, plutôt progressiste et plus porté sur la défense des droits et des libertés individuelles, thème qui a longtemps été le dada de son fondateur Mohamed Abbou. Ses positions sur différentes questions restent cependant très ambiguës. Tiraillé entre les attentes d’une base plutôt islamiste et les engagements philosophiques et idéologiques de ses dirigeants, le Courant tergiverse, lévite, louvoie et multiplie les écrans de fumée pour bien cacher ses véritables positions.

Une position inconfortable

Ces écrans de fumée sont d’ailleurs souvent provoqués par la grande gueule de service, la députée Samia Abbou, la parlementaire qui crie le plus fort dans l’enceinte de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), non pas pour exprimer des idées ou faire des propositions pour sortir le pays de la crise (ce n’est visiblement pas son affaire), mais pour s’attaquer aux dirigeants des autres partis, et de préférence à ceux de Nidaa Tounes, et au deux têtes de l’exécutif, ses poils à gratter, le président de la république Béji Caïd Essebsi et le chef du gouvernement Youssef Chahed. Un troisième dirigeant d’Ennahdha, Monhamed Ennaceur, président de l’Assemblée, a souvent goûté lui aussi à son fiel. Cependant, Mme Abbou évite curieusement de s’attaquer aux dirigeants d’Ennahdha, parti au pouvoir, allié de Nidaa Tounes et membre de la coalition gouvernementale. Les craint-elle ou les épargne-t-elle sciemment pour ne pas cracher sur l’avenir?

Classée souvent par les sondages, elle et son époux, parmi les 10 personnalités les plus populaires en Tunisie, Mme Abbou cherche peut-être à préserver ses bonnes relations avec les islamistes pour pouvoir éventuellement solliciter, le jour J., les électeurs d’Ennahdha, dont beaucoup la plébiscitent et lui vouent sinon un véritable culte du moins une sympathie certaine.

La gêne montrée par le Courant démocrate face à la question de l’égalité successorale trahit de manière encore plus évidente cette posture intenable de ses dirigeants, inconfortablement assis sur deux chaises. D’abord, ces derniers ont évité de s’y mêler quand la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) a publié son rapport contenant une proposition relative à cette question et à d’autres (dépénalisation de l’homosexualité, suppression de la peine de mort, légalisation du mariage des musulmanes avec des non-musulmans…), qui ont suscité un tollé général dans les rangs des islamistes, toutes tendances confondues.

L’étrange silence de Mme Abbou

Autre signe intéressant à relever, Mme Abbou, qui a toujours été prête au combat et ne ratant aucune occasion pour s’inviter dans les polémiques en cours et faire parler d’elle, a étrangement disparu et est devenue quasiment sourde et muette. Les vacances à la plage (on ne vous dira pas laquelle) n’expliquent pas tout. Le mot gêne est trop faible pour décrire la position du Courant démocrate, qui est plutôt dans ses souliers ou dos au mur.

Il a donc fallu que les militants du parti montent au créneau, exigent des explications et menacent de revenir au parti Ennahdha, dont la position à propos des propositions du Colibe a été un rejet poli, mais un rejet net, pour que le Courant démocrate se fende enfin d’un communiqué où, dans une parfaite langue de bois, inutile et soporifique, il a décidé qu’il est urgent de ne rien décider.

Renvoyant les deux parties dos-à-dos, les islamistes qu’ils ne veulent pas braquer, et les progressistes pour éviter d’être taxés à leur tour d’obscurantistes et d’ennemis du progrès, les dirigeants du Courant démocrate ont coupé la poire en deux, au risque de mécontenter les uns et les autres.

Donc, en résumé : le Courant est pour les libertés individuelles, mais il préfère laisser aux citoyens le choix d’appliquer la loi civile ou… la charia. Pour noyer davantage le poisson, le parti de Mme Abbou a appelé à éviter les polémiques sur les sujets qui risquent de creuser les divisions et les clivages et, le cas échéant, à organiser un référendum sur la question de l’égalité successorale, sachant que ce référendum n’a aucune chance d’être organisé, car même Ennahdha y serait opposé, le parti islamiste cherchant toujours le consensus qui lui évite de se démasquer.

Reste une dernière question : quand Mme Abbou mettra-t-elle fin à ses vacances et viendra-t-elle remplir à nouveau la coupole du palais du Bardo de ses cris et de ses hurlements ?

Samia Abbou est vraiment à bout…

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