Qui est Hosni Djemmali, le M. Tunisie à Paris ?

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«Je connais tout le monde. Paris, c’est petit truc…» dixit Hosni Djemmali. Ami d’enfance de Abdelwaheb Abdallah, ami très proche de la papesse de rue d’Auteuil, Danielle Ben Yahmed et pièce maîtresse des réseaux bénalistes à Paris, qui est celui que le Tout-Paris appelle familièrement «Hosni»? Qui est Hosni?

Le livre ‘‘Tunis Connection’’ s’est intéressé au personnage et a enquêté sur lui. Le livre ‘‘Tunis Connection. Enquête sur les réseaux franco-tunisiens sous Ben Ali’’ est un livre écrit par les deux journalistes d’investigation français Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix et publié aux éditions Seuil en 2012.

Ce livre est une enquête profonde et une immersion au cœur des réseaux d’influence entre le régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali et la France, que ce soit avec ses officiels – ses hommes politiques – ou des hommes d’affaires, des affairistes, des journalistes et des hommes d’influence. Le passage qui est consacré à Hosni va de la page 140 à la page 147 est intitulé ‘‘Hosni Djemmali, le M. Tunisie à Paris’’. Extraits…

* * *

En sus de l’ATCE et des services d’Image 7, Abdelwahab Abdallah a pu compter sur le bagout et le formidable réseau de son vieil ami Hosni Djemmali – ils ont tous deux grandi à Monastir – pour compenser ses carences en matière de lobbying. Depuis des décennies, ce monsieur réputé affable, patron des hôtels Sangho, est le véritable VRP de la Tunisie à Paris. II y a bâti un solide réseau, depuis l’époque de ses études à l’HEC, où il a notamment rencontré Vincent Debré, fils du Premier ministre du général de Gaulle, avant de devenir ami avec son frère Jean-Louis, pilier de la Chiraquie. Djemmali connaît aussi de nombreux journalistes – étudiant, il a un temps exercé dans la profession. «Je connais tout le monde. Paris, c’est un petit truc…», se vante l’hôtelier, que nous avons rencontré dans un grand hôtel près de l’Opéra.

Inconnu en Tunisie, Djemmali finit même par devenir incontournable à Paris, au point de faire partie de la délégation officielle lors de la visite d’Etat de Chirac en 2003. «Hosni, je le connais depuis longtemps, comme à peu près tous les journalistes parisiens», explique l’ancienne patronne d’iTélé et de BFM, Valérie Lecasble. Et pour cause : Djemmali a fondé il y a vingt ans les Echanges franco-tunisiens (EFT), une association qui organise dîners et colloques. «On n’a jamais parlé de politique ou de démocratie, jure son président depuis 2007, l’ex-député UMP Georges Fenech. On organisait des manifestations autour de la santé, du tourisme, des échanges économiques. On a reçu des gens très différents, comme Roselyne Bachelot ou Marie-George Buffet», alors ministre de la Jeunesse et des Sports. «On essayait de développer les échanges et l’amitié entre les deux pays. On parlait de tout un tas de sujets. Mais les Tunisiens sont des gens pudiques : ils ne parlent pas politique», explique sans rire son prédécesseur, le député-maire UMP Pierre-Christophe Baguet.

Lors d’un dîner des EFT en 2009, le patron du ‘‘Monde’’, Eric Fottorino, présenté son dernier livre. Autour des tables se côtoient l’ambassadeur tunisien a Paris, le journaliste Andre Bercoff ou encore Hugues Wagner, obscur journaliste pro-Ben Ali flirtant avec l’extrême droite.

Le 25 janvier 2011, les EFT auraient dû fêter leurs 20 ans au Shangri-la, très chic hôtel parisien. Les cartons avaient déjà été envoyés, annonçant en invités d’honneur le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et… Abdelwahab Abdallah.

Mais la révolution est passée par là. La réception est annulée. «Abdallah, notre invité d’honneur, se retrouvait assigné à résidence et emprisonné. Et puis il aurait été indécent de fêter quoi que ce soit alors que le peuple tunisien souffrait», dit Georges Fenech, d’un ton dramatique. La stupeur passée, ce petit monde est bien vite retombe sur ses pattes. «On a laissé passer un peu de temps», dit Fenech. Et du 3 au 6 juin 2011, les EFT ont organisé leur séminaire annuel à l’hôtel de Djemmali à Zarzis. Les participants? Le séguiniste Etienne Pinte, les journalistes Dominique Bromberger et Michel Schifres du ‘‘Figaro’’ (qui bénéficiait lui aussi des largesses de l’ATCE), des juristes tunisiens et un ancien ambassadeur tunisien clairement lie a l’ancien régime. «Pas vraiment des héros de la révolution non plus», admet Fenech…

Octobre 2008. Pour les 30 ans de sa chaîne Sangho, Hosni Djemmali invite dans son hôtel tunisien de Zarzis une brochette de personnalités politiques, a qui il a payé hôtel et avion. «C’était un événement très personnel», nous dit-il, comme s’il était indécent de s’y pencher plus avant. De nombreuses photos de la fête ont pourtant été publiées dans Tunisie Plus, le magazine qu’il a créé pour vanter la destination Tunisie et qui est distribué gratuitement chaque trimestre avec ‘‘Le Figaro’’. Attablés, des patrons et des cadres de la presse française, des politiques français et tunisiens, des communicants, tout sourire. Les clichés montrent l’étendue et la couleur politique (plutôt de droite) de son réseau en France. Ils montrent aussi sa proximité avec les communicants patentés du régime. Abdallah est là bien sûr. De même que le patron du journal officiel ‘‘La Presse’’, Mohamed Gontara, et le directeur de l’ATCE, Oussama Romdhani. Côté français, ils sont nombreux à avoir traversé la Méditerranée. Le vieil ami et président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré; l’ambassadeur de France Serge Degallaix; Patrick Stefanini, conseiller de Brice Hortefeux au ministère de l’Immigration. On trouve aussi Pierre-Christophe Baguet, le député-maire (UMP) de Boulogne-Billancourt que Djemmali a connu «en Pampers», dixit Baguet lui-même. Le secrétaire d’Etat français chargé du tourisme, Hervé Novelli, profite de l’occasion pour remettre à Hosni Djemmali l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur. «C’est un ami», nous dit Djemmali. Michel Boyon et Marie-Luce Skrabuski d’Image 7 posent souriants sur la photo.

Les journalistes choyés par l’agence de communication sont là, eux aussi: Etienne Mougeotte, Dominique de Montvalon, Christian de Villeneuve. Ou encore François d’Orcival (‘‘Valeurs actuelles’’), Noël Couëdel, (‘‘Le Parisien’’), la propriétaire du ‘‘Parisien’’, Marie- Odile Amaury. «Un parterre flamboyant où on reconnaissait les amis de toujours», rapporte ‘‘La Presse’’, porte-voix de la propagande officielle. «Tout ça, c’est un petit monde un peu consanguin, admet une participante à la soirée, qui se mord les doigts d’y avoir été. Ils se fréquentent, sont souvent invités par les régies publicitaires, se retrouvent dans les voyages de presse et sur les greens de golfs.» «Tout cela était un système de corruption d’Etat pour que le régime ait une bonne image», lance aussi Jean-François Kahn, cofondateur de l’hebdomadaire ‘‘Marianne’’.

Décidément très actif, Djemmali a lancé en 2002 un autre cénacle d’influence entre les deux pays. Les séminaires «Femmes de Méditerranée» consistent, comme leur nom l’indique, à faire se rencontrer des femmes influentes des deux rives. Ces rencontres, qui durent un week-end, ont lieu dans les hôtels de Djemmali en Tunisie ou au Maroc. Evidemment, les participantes sont invitées, avion compris. Rien de répréhensible à priori. Mais à en croire les photos régulièrement publiées dans ‘‘Tunisie Plus’’, certaines sont particulièrement assidues. À commencer par Marie-Odile Amaury, la patronne du ‘‘Parisien’’, les épouses de Christian de Villeneuve, d’Etienne Mougeotte ou de Dominique de Montvalon. Florence Woerth, épouse de l’ex-ministre du Budget Eric Woerth forcé de démissionner dans la tempête Bettencourt, fait aussi partie du cercle des habituées. Tout comme Christine Sarkozy, belle-sœur du président de la République. Ou Sylviane Canepa, l’épouse du préfet de Paris Daniel Canepa, un proche de Nicolas Sarkozy qui a travaillé quatre ans auprès de lui au ministère de l’Intérieur. En 2009, un grand déjeuner de «Femmes de Méditerranée» est d’ailleurs organise dans les jardins de l’hôtel de Noirmoutier, la magnifique résidence du préfet située rue de Grenelle à Paris. Invitée en 2008 aux 30 ans de Sangho à Zarzis, Marie-Cecile Levitte, la femme du chef de la cellule diplomatique de l’Élysée Jean-David Levitte, est elle aussi de bien des manifestations. «Jean-David Levitte est un ami de Djemmali», explique le journaliste Christian de Villeneuve. «Il était d’ailleurs invité à cette soirée mais n’a pas pu venir», renchérit l’ancienne plume du ‘‘Figaro’’, Michel Schifres, autre intime de Djemmali. «Je me suis dit que pour être là, Mme Levitte devait un peu s’ennuyer», raconte Caroline Fourest, qui l’a croisée en février 2010 lors du séminaire organise par Djemmali à Marrakech. Pour le reste, l’essayiste ne voit pas le mal.
«Clairement Djemmali entretient de bonnes relations avec le gouvernement, mais ce n’est pas Madoff non plus!» ironise-t-elle.

Caroline Fourest sait-elle réellement de quoi elle parle? Djemmali faisait partie des très proches d’Abdelwahab Abdallah.

Lui nie, bien entendu. «Il faut faire table rase de ce que vous avez pu lire. Personne ne m’a commandé. Je ne travaille que pour la Tunisie et pour mon business», nous dit-il d’emblée, d’un ton glacial. La preuve, répète-t-il à l’envi : il n’a vu Ben Ali «qu’une fois». Son nom sur la liste des soixante-cinq personnalités qui ont appelé quelques mois avant la révolution Ben Ali à se représenter en 2014? «Je ne l’ai jamais signé, se défend Djemmali. Je l’ai appris bien après. Je n’ai pas protesté pour ne pas avoir d’ennuis.» II ne serait pas davantage le missi dominici de Abdallah en France. «Vous ne pouvez pas renier votre ami d’enfance. Quand on se voit avec Abdallah, je ne parle jamais de politique», nous explique-t-il. Pourtant, Djemmali était bien le relais d’Abdallah à Paris. Son «conseiller noir», affirme un initié. «Son double», «son jumeau», disent d’autres proches.

En association avec Abdallah, Djemmali a ainsi été pendant quelques années un soutien actif de la censure médiatique en Tunisie. En 2002, il est «propulsé» à la tête du conseil d’administration de la Sotupresse, une filiale des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP, groupe Lagardère) qui distribue les journaux en Tunisie. «C’est Abdallah qui l’a bombardé là, Djemmali était son cheval de Troie», explique un témoin de cette prise de contrôle. «Il est arrivé des dizaines de fois que les journaux français soient bloqués ou sortent trois ou quatre jours plus tard», raconte cette source.

Deux ans plus tard, Djemmali quitte son poste, au soulagement de Lagardère. «Personne n’avait envie de le retenir», soupire un ancien cadre du groupe français. Toute sa carrière, Djemmali l’a bâtie dans le sillage du pouvoir.

À la fin des années 1960, il est propulsé à la tête de l’ancêtre de l’Office du tourisme tunisien, la Maison de la Tunisie à Paris, sise au 102, avenue des Champs-Elysées, grâce à son amitié avec le fils d’Habib Bourguiba. II profite de cette relation pour développer son activité touristique. II est même à l’origine de l’introduction du groupe Accor en Tunisie, quand il présente le patron du groupe, Gilles Pelisson, à Bourguiba Junior. Surtout, Djemmali va bâtir peu à peu son propre empire avec, chaque fois, de drôles de méthodes. Un exemple : l’hôtel phare de Djemmali, le Sangho de Zarzis, dans le Sud tunisien. Au départ, il est géré par une société, la STGH, qui comptait à son conseil d’administration des banques tunisiennes, mais surtout Accor et le fils de Bourguiba.

Djemmali n’en est que le directeur général. «Mais un jour, on a découvert dans la presse une publicité pour le « Sangho » Marrakech, le « Sangho » Le Caire… Bourguiba Junior était furieux ! Djemmali avait déposé la marque quelques années plus tôt pour son propre compte», se souvient un témoin de l’époque.

L’hôtelier prend aussi pour habitude de travailler avec un banquier à la réputation sulfureuse, Moncef Kaouech : un temps maire de Carthage, il est connu dans les milieux bancaires tunisiens pour avoir travaillé à de nombreuses reprises avec le clan Trabelsi, notamment le frère de Leila Ben Ali, Belhassen Trabelsi. Ainsi, l’homme d’affaires a été partie prenante du rachat des hôtels Tanit en Tunisie, où il a pu faire une très juteuse opération immobilière. «Djemmali a réussi avec des moyens pas très clairs», conclut un ancien ministre tunisien qui a longtemps côtoyé l’hôtelier.

Pourtant, depuis la révolution, rien n’a changé, ou presque. Djemmali continue d’organiser ses raouts franco-tunisiens. En juillet 2011, l’édition post-révolution des Femmes de Méditerranée à Monastir n’a toutefois pas fait le plein côté français. Aucune des habituées n’est venue. L’odeur du soufre, certainement.

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Le livre ‘‘Tunis Connection’’ s’est intéressé au personnage et a enquêté sur lui. Le livre ‘‘Tunis Connection. Enquête sur les réseaux franco-tunisiens sous Ben Ali’’ est un livre écrit par les deux journalistes d’investigation français Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix et publié aux éditions Seuil en 2012.

Ce livre est une enquête profonde et une immersion au cœur des réseaux d’influence entre le régime de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali et la France, que ce soit avec ses officiels – ses hommes politiques – ou des hommes d’affaires, des affairistes, des journalistes et des hommes d’influence. Le passage qui est consacré à Hosni va de la page 140 à la page 147 est intitulé ‘‘Hosni Djemmali, le M. Tunisie à Paris’’. Extraits…

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En sus de l’ATCE et des services d’Image 7, Abdelwahab Abdallah a pu compter sur le bagout et le formidable réseau de son vieil ami Hosni Djemmali – ils ont tous deux grandi à Monastir – pour compenser ses carences en matière de lobbying. Depuis des décennies, ce monsieur réputé affable, patron des hôtels Sangho, est le véritable VRP de la Tunisie à Paris. II y a bâti un solide réseau, depuis l’époque de ses études à l’HEC, où il a notamment rencontré Vincent Debré, fils du Premier ministre du général de Gaulle, avant de devenir ami avec son frère Jean-Louis, pilier de la Chiraquie. Djemmali connaît aussi de nombreux journalistes – étudiant, il a un temps exercé dans la profession. «Je connais tout le monde. Paris, c’est un petit truc…», se vante l’hôtelier, que nous avons rencontré dans un grand hôtel près de l’Opéra.

Inconnu en Tunisie, Djemmali finit même par devenir incontournable à Paris, au point de faire partie de la délégation officielle lors de la visite d’Etat de Chirac en 2003. «Hosni, je le connais depuis longtemps, comme à peu près tous les journalistes parisiens», explique l’ancienne patronne d’iTélé et de BFM, Valérie Lecasble. Et pour cause : Djemmali a fondé il y a vingt ans les Echanges franco-tunisiens (EFT), une association qui organise dîners et colloques. «On n’a jamais parlé de politique ou de démocratie, jure son président depuis 2007, l’ex-député UMP Georges Fenech. On organisait des manifestations autour de la santé, du tourisme, des échanges économiques. On a reçu des gens très différents, comme Roselyne Bachelot ou Marie-George Buffet», alors ministre de la Jeunesse et des Sports. «On essayait de développer les échanges et l’amitié entre les deux pays. On parlait de tout un tas de sujets. Mais les Tunisiens sont des gens pudiques : ils ne parlent pas politique», explique sans rire son prédécesseur, le député-maire UMP Pierre-Christophe Baguet.

Lors d’un dîner des EFT en 2009, le patron du ‘‘Monde’’, Eric Fottorino, présenté son dernier livre. Autour des tables se côtoient l’ambassadeur tunisien a Paris, le journaliste Andre Bercoff ou encore Hugues Wagner, obscur journaliste pro-Ben Ali flirtant avec l’extrême droite.

Le 25 janvier 2011, les EFT auraient dû fêter leurs 20 ans au Shangri-la, très chic hôtel parisien. Les cartons avaient déjà été envoyés, annonçant en invités d’honneur le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et… Abdelwahab Abdallah.

Mais la révolution est passée par là. La réception est annulée. «Abdallah, notre invité d’honneur, se retrouvait assigné à résidence et emprisonné. Et puis il aurait été indécent de fêter quoi que ce soit alors que le peuple tunisien souffrait», dit Georges Fenech, d’un ton dramatique. La stupeur passée, ce petit monde est bien vite retombe sur ses pattes. «On a laissé passer un peu de temps», dit Fenech. Et du 3 au 6 juin 2011, les EFT ont organisé leur séminaire annuel à l’hôtel de Djemmali à Zarzis. Les participants? Le séguiniste Etienne Pinte, les journalistes Dominique Bromberger et Michel Schifres du ‘‘Figaro’’ (qui bénéficiait lui aussi des largesses de l’ATCE), des juristes tunisiens et un ancien ambassadeur tunisien clairement lie a l’ancien régime. «Pas vraiment des héros de la révolution non plus», admet Fenech…

Octobre 2008. Pour les 30 ans de sa chaîne Sangho, Hosni Djemmali invite dans son hôtel tunisien de Zarzis une brochette de personnalités politiques, a qui il a payé hôtel et avion. «C’était un événement très personnel», nous dit-il, comme s’il était indécent de s’y pencher plus avant. De nombreuses photos de la fête ont pourtant été publiées dans Tunisie Plus, le magazine qu’il a créé pour vanter la destination Tunisie et qui est distribué gratuitement chaque trimestre avec ‘‘Le Figaro’’. Attablés, des patrons et des cadres de la presse française, des politiques français et tunisiens, des communicants, tout sourire. Les clichés montrent l’étendue et la couleur politique (plutôt de droite) de son réseau en France. Ils montrent aussi sa proximité avec les communicants patentés du régime. Abdallah est là bien sûr. De même que le patron du journal officiel ‘‘La Presse’’, Mohamed Gontara, et le directeur de l’ATCE, Oussama Romdhani. Côté français, ils sont nombreux à avoir traversé la Méditerranée. Le vieil ami et président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré; l’ambassadeur de France Serge Degallaix; Patrick Stefanini, conseiller de Brice Hortefeux au ministère de l’Immigration. On trouve aussi Pierre-Christophe Baguet, le député-maire (UMP) de Boulogne-Billancourt que Djemmali a connu «en Pampers», dixit Baguet lui-même. Le secrétaire d’Etat français chargé du tourisme, Hervé Novelli, profite de l’occasion pour remettre à Hosni Djemmali l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur. «C’est un ami», nous dit Djemmali. Michel Boyon et Marie-Luce Skrabuski d’Image 7 posent souriants sur la photo.

Les journalistes choyés par l’agence de communication sont là, eux aussi: Etienne Mougeotte, Dominique de Montvalon, Christian de Villeneuve. Ou encore François d’Orcival (‘‘Valeurs actuelles’’), Noël Couëdel, (‘‘Le Parisien’’), la propriétaire du ‘‘Parisien’’, Marie- Odile Amaury. «Un parterre flamboyant où on reconnaissait les amis de toujours», rapporte ‘‘La Presse’’, porte-voix de la propagande officielle. «Tout ça, c’est un petit monde un peu consanguin, admet une participante à la soirée, qui se mord les doigts d’y avoir été. Ils se fréquentent, sont souvent invités par les régies publicitaires, se retrouvent dans les voyages de presse et sur les greens de golfs.» «Tout cela était un système de corruption d’Etat pour que le régime ait une bonne image», lance aussi Jean-François Kahn, cofondateur de l’hebdomadaire ‘‘Marianne’’.

Décidément très actif, Djemmali a lancé en 2002 un autre cénacle d’influence entre les deux pays. Les séminaires «Femmes de Méditerranée» consistent, comme leur nom l’indique, à faire se rencontrer des femmes influentes des deux rives. Ces rencontres, qui durent un week-end, ont lieu dans les hôtels de Djemmali en Tunisie ou au Maroc. Evidemment, les participantes sont invitées, avion compris. Rien de répréhensible à priori. Mais à en croire les photos régulièrement publiées dans ‘‘Tunisie Plus’’, certaines sont particulièrement assidues. À commencer par Marie-Odile Amaury, la patronne du ‘‘Parisien’’, les épouses de Christian de Villeneuve, d’Etienne Mougeotte ou de Dominique de Montvalon. Florence Woerth, épouse de l’ex-ministre du Budget Eric Woerth forcé de démissionner dans la tempête Bettencourt, fait aussi partie du cercle des habituées. Tout comme Christine Sarkozy, belle-sœur du président de la République. Ou Sylviane Canepa, l’épouse du préfet de Paris Daniel Canepa, un proche de Nicolas Sarkozy qui a travaillé quatre ans auprès de lui au ministère de l’Intérieur. En 2009, un grand déjeuner de «Femmes de Méditerranée» est d’ailleurs organise dans les jardins de l’hôtel de Noirmoutier, la magnifique résidence du préfet située rue de Grenelle à Paris. Invitée en 2008 aux 30 ans de Sangho à Zarzis, Marie-Cecile Levitte, la femme du chef de la cellule diplomatique de l’Élysée Jean-David Levitte, est elle aussi de bien des manifestations. «Jean-David Levitte est un ami de Djemmali», explique le journaliste Christian de Villeneuve. «Il était d’ailleurs invité à cette soirée mais n’a pas pu venir», renchérit l’ancienne plume du ‘‘Figaro’’, Michel Schifres, autre intime de Djemmali. «Je me suis dit que pour être là, Mme Levitte devait un peu s’ennuyer», raconte Caroline Fourest, qui l’a croisée en février 2010 lors du séminaire organise par Djemmali à Marrakech. Pour le reste, l’essayiste ne voit pas le mal.
«Clairement Djemmali entretient de bonnes relations avec le gouvernement, mais ce n’est pas Madoff non plus!» ironise-t-elle.

Caroline Fourest sait-elle réellement de quoi elle parle? Djemmali faisait partie des très proches d’Abdelwahab Abdallah.

Lui nie, bien entendu. «Il faut faire table rase de ce que vous avez pu lire. Personne ne m’a commandé. Je ne travaille que pour la Tunisie et pour mon business», nous dit-il d’emblée, d’un ton glacial. La preuve, répète-t-il à l’envi : il n’a vu Ben Ali «qu’une fois». Son nom sur la liste des soixante-cinq personnalités qui ont appelé quelques mois avant la révolution Ben Ali à se représenter en 2014? «Je ne l’ai jamais signé, se défend Djemmali. Je l’ai appris bien après. Je n’ai pas protesté pour ne pas avoir d’ennuis.» II ne serait pas davantage le missi dominici de Abdallah en France. «Vous ne pouvez pas renier votre ami d’enfance. Quand on se voit avec Abdallah, je ne parle jamais de politique», nous explique-t-il. Pourtant, Djemmali était bien le relais d’Abdallah à Paris. Son «conseiller noir», affirme un initié. «Son double», «son jumeau», disent d’autres proches.

En association avec Abdallah, Djemmali a ainsi été pendant quelques années un soutien actif de la censure médiatique en Tunisie. En 2002, il est «propulsé» à la tête du conseil d’administration de la Sotupresse, une filiale des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP, groupe Lagardère) qui distribue les journaux en Tunisie. «C’est Abdallah qui l’a bombardé là, Djemmali était son cheval de Troie», explique un témoin de cette prise de contrôle. «Il est arrivé des dizaines de fois que les journaux français soient bloqués ou sortent trois ou quatre jours plus tard», raconte cette source.

Deux ans plus tard, Djemmali quitte son poste, au soulagement de Lagardère. «Personne n’avait envie de le retenir», soupire un ancien cadre du groupe français. Toute sa carrière, Djemmali l’a bâtie dans le sillage du pouvoir.

À la fin des années 1960, il est propulsé à la tête de l’ancêtre de l’Office du tourisme tunisien, la Maison de la Tunisie à Paris, sise au 102, avenue des Champs-Elysées, grâce à son amitié avec le fils d’Habib Bourguiba. II profite de cette relation pour développer son activité touristique. II est même à l’origine de l’introduction du groupe Accor en Tunisie, quand il présente le patron du groupe, Gilles Pelisson, à Bourguiba Junior. Surtout, Djemmali va bâtir peu à peu son propre empire avec, chaque fois, de drôles de méthodes. Un exemple : l’hôtel phare de Djemmali, le Sangho de Zarzis, dans le Sud tunisien. Au départ, il est géré par une société, la STGH, qui comptait à son conseil d’administration des banques tunisiennes, mais surtout Accor et le fils de Bourguiba.

Djemmali n’en est que le directeur général. «Mais un jour, on a découvert dans la presse une publicité pour le « Sangho » Marrakech, le « Sangho » Le Caire… Bourguiba Junior était furieux ! Djemmali avait déposé la marque quelques années plus tôt pour son propre compte», se souvient un témoin de l’époque.

L’hôtelier prend aussi pour habitude de travailler avec un banquier à la réputation sulfureuse, Moncef Kaouech : un temps maire de Carthage, il est connu dans les milieux bancaires tunisiens pour avoir travaillé à de nombreuses reprises avec le clan Trabelsi, notamment le frère de Leila Ben Ali, Belhassen Trabelsi. Ainsi, l’homme d’affaires a été partie prenante du rachat des hôtels Tanit en Tunisie, où il a pu faire une très juteuse opération immobilière. «Djemmali a réussi avec des moyens pas très clairs», conclut un ancien ministre tunisien qui a longtemps côtoyé l’hôtelier.

Pourtant, depuis la révolution, rien n’a changé, ou presque. Djemmali continue d’organiser ses raouts franco-tunisiens. En juillet 2011, l’édition post-révolution des Femmes de Méditerranée à Monastir n’a toutefois pas fait le plein côté français. Aucune des habituées n’est venue. L’odeur du soufre, certainement.

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