Tunisie : Le fiasco du recrutement dans la fonction publique

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Palais du gouvernement à la Kasbah, Tunis.

La Tunisie a plus que jamais besoin d’assainir son recrutement dans la fonction publique par souci évident de compétitivité et de productivité sans quoi son administration sera condamnée à rester la demeure de l’entre-soi insipide et sans valeur ajoutée.

Par Wael Mejrissi

S’il y avait encore besoin de prouver que la corruption s’est bien enracinée dans notre société, c’est chose faite. La récente interview de Chawki Tabib au journal ‘‘Le Maghreb’’ est absolument édifiante.

Plusieurs cadres de la fonction publique ayant commis des irrégularités de recrutement n’ont pas été inquiétées par la justice mais en plus ont été promus et cela malgré la mise en lumière des responsabilités établies par l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) dirigée par Chawki Tabib. Cela interroge sur la réelle volonté du pouvoir en place d’éradiquer ce fléau qui gangrène le pays ou sur sa marge de manœuvre face aux corporations syndicales ou autres.

Recrutement et corruption dans la fonction publique

La fonction publique est l’un des plus grands pourvoyeurs d’actes de corruption et plus particulièrement dans le recrutement. Le recrutement n’est plus un procédé visant à identifier les compétences, les talents et les savoir-faire mais un cadre illégal et immoral de donnant-donnant.

Une fois qu’on sait ça, on comprend pourquoi la productivité dans la fonction publique est au plus bas. Celle-ci a d’ailleurs régressé de 10% entre 2010 et 2015, d’après un rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur la masse salariale de la fonction publique dans les régions du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale.

L’INLUCC a vu le jour après le bouleversement politique du 14 janvier 2011, suite à la dénonciation d’une corruption devenue le principal mode de gestion de notre économie. Or cette instance est totalement négligée et donne le sentiment d’avoir été créée uniquement pour calmer la colère populaire puisque les recrutements sont toujours au vu et au su de tous de piètres simulations où on fait croire à une égalité des chances souvent illusoire, en tout cas sujet à caution et discutable.

Là où des pays à deux heures de vol de chez nous comme la France ou l’Allemagne chassent les meilleurs éléments pour leurs administrations publiques en mettant en place un recrutement digne d’un vrai parcours du combattant, nous nous contentons de recruter le plus offrant lorsque ce n’est pas le fils, la fille ou un membre de la famille via des réseaux et des circuits qui ne parviennent plus à faire écran tant la pratique s’est généralisée. Pas étonnant dans ces conditions que notre administration publique ne brille que par sa médiocrité.

À titre d’exemple, le niveau de l’éducation nationale s’est littéralement effondré et la qualité pédagogique des enseignants y est pour beaucoup quand on sait que le CAPES (Concours d’aptitude à la profession d’enseignant du secondaire) a pris des allures de simulacre de concours. Il suffit pour s’en convaincre de consulter le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) qui met le système éducatif tunisien à la 65e place sur une liste 70 pays. Une déroute sans précédent pour un pays qui se voulait être la lumière du Maghreb.

Assainir son recrutement dans la fonction publique

Face à une fonction publique qui recrute avec autant de clientélisme et d’opacité, apprendre d’après l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) que 94.000 Tunisiens ont décidé de faire vivre leurs talents ailleurs qu’en Tunisie en l’espace de 6 ans ne surprend personne.

Rappelons que l’éducation est le premier poste de dépense de l’Etat ce qui représente un lourd investissement que concède le pays dans la perspective d’en récolter les fruits, une perspective qui ne se concrétisera jamais.

D’autres pays se font alors un plaisir d’embaucher nos compatriotes déjà formés sans avoir à débourser le moindre centime. Une aubaine pour ceux qui sont, soit dit en passant, nos compétiteurs internationaux.

Et le mystère enrobé d’un épais nuage de fumée est cette fin de non-recevoir que les signataires de l’accord de Carthage ont opposé aux améliorations proposées par l’INLUCC pour remettre sur de bons rails les recrutements dans la fonction publique.

Le refus de la mise en place de mécanismes transparents sonne comme un scandale national qui cache mal les intentions nauséabondes des principaux intéressés de défendre des intérêts occultes qui génèrent des milliards de dinars d’argent sale.
Pourtant, la Tunisie a besoin plus que jamais d’assainir son recrutement dans la fonction publique par souci évident de compétitivité et de productivité sans quoi notre administration publique sera condamnée à rester la demeure de l’entre-soi insipide et sans valeur ajoutée.

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OTE : Les effectifs de la fonction publique ont triplé après 2011

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Par Wael Mejrissi

S’il y avait encore besoin de prouver que la corruption s’est bien enracinée dans notre société, c’est chose faite. La récente interview de Chawki Tabib au journal ‘‘Le Maghreb’’ est absolument édifiante.

Plusieurs cadres de la fonction publique ayant commis des irrégularités de recrutement n’ont pas été inquiétées par la justice mais en plus ont été promus et cela malgré la mise en lumière des responsabilités établies par l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC) dirigée par Chawki Tabib. Cela interroge sur la réelle volonté du pouvoir en place d’éradiquer ce fléau qui gangrène le pays ou sur sa marge de manœuvre face aux corporations syndicales ou autres.

Recrutement et corruption dans la fonction publique

La fonction publique est l’un des plus grands pourvoyeurs d’actes de corruption et plus particulièrement dans le recrutement. Le recrutement n’est plus un procédé visant à identifier les compétences, les talents et les savoir-faire mais un cadre illégal et immoral de donnant-donnant.

Une fois qu’on sait ça, on comprend pourquoi la productivité dans la fonction publique est au plus bas. Celle-ci a d’ailleurs régressé de 10% entre 2010 et 2015, d’après un rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur la masse salariale de la fonction publique dans les régions du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale.

L’INLUCC a vu le jour après le bouleversement politique du 14 janvier 2011, suite à la dénonciation d’une corruption devenue le principal mode de gestion de notre économie. Or cette instance est totalement négligée et donne le sentiment d’avoir été créée uniquement pour calmer la colère populaire puisque les recrutements sont toujours au vu et au su de tous de piètres simulations où on fait croire à une égalité des chances souvent illusoire, en tout cas sujet à caution et discutable.

Là où des pays à deux heures de vol de chez nous comme la France ou l’Allemagne chassent les meilleurs éléments pour leurs administrations publiques en mettant en place un recrutement digne d’un vrai parcours du combattant, nous nous contentons de recruter le plus offrant lorsque ce n’est pas le fils, la fille ou un membre de la famille via des réseaux et des circuits qui ne parviennent plus à faire écran tant la pratique s’est généralisée. Pas étonnant dans ces conditions que notre administration publique ne brille que par sa médiocrité.

À titre d’exemple, le niveau de l’éducation nationale s’est littéralement effondré et la qualité pédagogique des enseignants y est pour beaucoup quand on sait que le CAPES (Concours d’aptitude à la profession d’enseignant du secondaire) a pris des allures de simulacre de concours. Il suffit pour s’en convaincre de consulter le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) qui met le système éducatif tunisien à la 65e place sur une liste 70 pays. Une déroute sans précédent pour un pays qui se voulait être la lumière du Maghreb.

Assainir son recrutement dans la fonction publique

Face à une fonction publique qui recrute avec autant de clientélisme et d’opacité, apprendre d’après l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) que 94.000 Tunisiens ont décidé de faire vivre leurs talents ailleurs qu’en Tunisie en l’espace de 6 ans ne surprend personne.

Rappelons que l’éducation est le premier poste de dépense de l’Etat ce qui représente un lourd investissement que concède le pays dans la perspective d’en récolter les fruits, une perspective qui ne se concrétisera jamais.

D’autres pays se font alors un plaisir d’embaucher nos compatriotes déjà formés sans avoir à débourser le moindre centime. Une aubaine pour ceux qui sont, soit dit en passant, nos compétiteurs internationaux.

Et le mystère enrobé d’un épais nuage de fumée est cette fin de non-recevoir que les signataires de l’accord de Carthage ont opposé aux améliorations proposées par l’INLUCC pour remettre sur de bons rails les recrutements dans la fonction publique.

Le refus de la mise en place de mécanismes transparents sonne comme un scandale national qui cache mal les intentions nauséabondes des principaux intéressés de défendre des intérêts occultes qui génèrent des milliards de dinars d’argent sale.
Pourtant, la Tunisie a besoin plus que jamais d’assainir son recrutement dans la fonction publique par souci évident de compétitivité et de productivité sans quoi notre administration publique sera condamnée à rester la demeure de l’entre-soi insipide et sans valeur ajoutée.

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