Deux plumes et un pinceau

Comme son titre le dit presque explicitement, ce nouveau recueil est un travail collectif qui réunit quelques unes parmi les créations de ses trois auteurs : deux poètes et une artiste-peintre, autrement dit « deux plumes et un pinceau », comme on peut lire à la première page « Ce recueil est l’œuvre de deux plumes et d’un pinceau ».

Les deux poètes ne sont autres que le père (Bedreddine Ben Henda) et son fils Raby ; quant à l’artiste-peintre, il s’agit de Faouzia Dhifallah. « En réalité, nous a confié Bedreddine Ben Henda, c’est le produit de trois modestes expériences, de trois humbles rencontres avec l’art, de trois tentatives d’enfanter la Beauté. Je pense que c’est l’une des rares fois, sinon la première, où cela se produit dans une publication de ce genre. » C’est donc une rencontre entre deux univers – les mots et les images, la poésie et la peinture – pour créer, ensemble, une ambiance créative pleine de beauté et d’imagination, au grand bonheur du lecteur qui en fera d’une pierre deux coups ! Tant les poèmes que les toiles nous entrainent dans des mondes imaginaires, fantaisistes et romantiques,  qui ne sont pas sans rappeler notre réalité quotidienne et les réflexions qui peuvent y être liées.

Le recueil est divisé en deux parties : la première, intitulée « Fantaisies paternelles » comporte 19 poèmes signés par le père, la deuxième a comme titre « Traces filiales » et comprend 17 poèmes signés par son fils Raby. Les tableaux de peinture, au nombre de vingt, sont exposés à travers les pages, sans pour autant être l’illustration à tel ou tel poème. A la question pourquoi opter pour ce choix, Bedreddine nous a répondu en ces termes : « Il s’agit donc d’une sélection de mes poèmes personnels, de ceux de mon fils Raby – qui m’a semblé (et à d’autres) posséder la fibre première indispensable pour la création poétique-, et des reproductions de quelques toiles offertes par ma collègue et amie Faouzia Dhifallah, professeur de philosophie à l’Université et qui s’adonne parallèlement à la peinture au sein d’un groupe d’amateurs et d’amatrices. J’ai opté pour ce choix de réunir peinture et poésie afin de dire d’abord combien le contexte politique, culturel et social actuel en Tunisie favorise l’enlisement dans la médiocrité intellectuelle et aggrave chez un grand nombre de nos concitoyens, même parmi les plus cultivés d’entre eux, leur maladive tendance à rayer l’Art de la liste des produits de « première nécessité ». D’autre part, j’ai voulu encourager deux créateurs qui ont justement besoin qu’on reconnaisse leurs talents respectifs et, en même temps, proposer quelques uns de mes textes qui ont déjà plu à des connaisseurs en matière de littérature… »

D’ailleurs, poésie et peinture se ressemblent et se complètent, dans la mesure où elles font extérioriser des sentiments et exprimer des sensations et qu’elles baignent dans le lyrisme, le symbolisme et l’impressionnisme, si bien que le lecteur se sent plongé dans une atmosphère picturale et, à la fois, émerveillé par la musicalité des vers. Pas mal de poètes font accompagner leur poésie par des peintures, surtout que ces dernières reproduisent dans une certaine mesure le contenu des poèmes. Cependant, ce n’est pas le cas dans ce recueil, car il s’agit surtout d’agrémenter et embellir les pages par les différentes toiles proposées dans le recueil. Là-dessus, Bedreddine, co-auteur du recueil, nous confirme : « Je voulais  ajouter de la couleur au recueil et quoi de mieux que les tableaux de peinture pour y parvenir. En tout cas, ceux que Faouzia Dhifallah nous a gracieusement prêtés ne manquent absolument pas de couleurs, ni de couleur locale en particulier (au sens premier de locale), puisque notre amie  peint plusieurs beaux paysages tunisiens de la Médina, de Sidi Bou Saïd, de Jerba, etc. Il y a, me semble-t-il, de la variété dans ce recueil dont on peut difficilement dire qu’il est monotone. Je dois préciser, à ce sujet, que les tableaux de Faouzia Dhifallah ne servent nullement, ou presque pas, à illustrer les poèmes du recueil. Ils sont là pour agrémenter l’ensemble, pour l’animer d’une autre vie, pour l’enrichir d’un troisième univers… »

Les poèmes confirment, du reste, cette même volonté de diversification et d’enrichissement mutuel : les thèmes diffèrent d’un poème à l’autre ou bien se rejoignent ; les styles aussi. Cependant, on remarque que les poèmes du père sont courts et concis, ceux du fils sont souvent longs et étendus, et surtout proches de son âge ! En effet, La contribution de deux plumes, l’une jeune (le fils) l’autre relativement avancée dans l’âge (le père), permet à des visions différentes du monde de s’exprimer, parfois même de façon paradoxale, puisque les poèmes du père semblent respirer bien plus de joie que ceux du fils. A ce propos, Bedreddine nous a confié : «  j’ai un peu et délibérément cultivé l’ambiguïté dans la répartition des poèmes selon l’auteur qui les a composés, même si les titres des deux sections du recueil (Fantaisies paternelles/ Traces filiales) laissent planer moins de doute quant à la plume qui a écrit chaque texte. C’est qu’entre le père et le fils, les lieux de rencontre, les points de recoupement existent et sont nombreux. Filiation oblige, me diriez-vous ! Pas seulement, je suppose ! »

Voici quelques vers choisis en vrac, en guise d’avant-goût. On peut lire dans la première partie destinée à Bedreddine, en page 13 : « Entre nous/Des secrets/ D’amis vrais/ Entre nous/ Une eau pure/ Du lait frais/ Entre nous/ Des voies chaudes/Dégivrées/ Entre nous/ Le bon grain/ Pas l’vraie. » Et dans la partie du fils Raby, dans le poème intitulé « La bibliothèque d’un barbu », on lit ce qui suit : « Quelques livres noirs/ Des mots épars sur les murs/ Quelques bougies éteintes/ Dans les ténèbres d’un temps obtus/ Une planche, deux planches/ De salut/ De l’acier qui tranche/ Des obus/ Sa fille lisait Cendrillon/ Rêvait d’un prince charmant/ Cachait ses contes/ Derrière la bibliothèque/ Qui pue ».

Hechmi KHALLADI  




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