‘‘Ti normal’’ : La chasse à la traite des humains en Tunisie

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Le ciné-théâtre Le Rio à Tunis a accueilli, mercredi le soir, 6 juin 2018, l’avant-première du film ‘‘Ti normal’’ réalisé par Soumaya Ben Cheikh et Ines Tlili, dans le cadre du projet «Briser les chaînes : Lutter contre la traite des êtres humains en Tunisie».

Par Fawz Ben Ali

‘‘Ti normal’’ est un moyen-métrage de 52 minutes qui alterne entre les deux genres documentaire et fiction pour dénoncer de manière décalée la traite des humains en Tunisie.

Il s’agit d’un projet conjoint financé par l’Union européenne (UE) et mis en œuvre par Avocats sans frontières (ASF), en partenariat avec le Forum Tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) et l’Institut international pour l’action non violente (Novact), avec la collaboration de l’Instance nationale de lutte contre la traite des personnes (INLTP), les associations Amal pour la mère et l’enfant et Thala solidaire.

L’esclavage sous d’autres formes

Le constat est consternant : «la traite des humains existe bel et bien en Tunisie», affirment les différents acteurs du projet. La Tunisie a certes été le premier pays dans le monde arabe et musulman à abolir l’esclavage en 1846 avant même les Etats Unis d’Amérique, mais on constate qu’aujourd’hui l’esclavage existe encore sous d’autres formes masquées.

Raoudha Abidi, directrice de l’INLTP a affirmé que toutes les formes de traite humaine existent en Tunisie, sauf celle des organes, «mais la création de cette instance est une grande victoire en soi», a-t-elle ajouté.

‘‘Ti normal’’ met en scène un jeune homme anonyme dont on ne voit pas le visage tout au long du film, et qui erre durant une journée dans différents lieux de sa ville où il croise le chemin de personnes qu’il connaît de près ou de loin et dont le comportement le pousse à réfléchir; il s’agit en effet de plusieurs personnes qui exploitent des enfants, des femmes, des immigrants sans papiers… dans des travaux forcés et qui trouvent normal d’exercer ce genre de trafic.

Les deux cinéastes ont expliqué que les citoyens ont tendance à banaliser ce phénomène, d’où le choix du titre ‘‘Ti normal’’. «Ce film a été réalisé avec zéro budget et seulement avec un capital humain», a indiqué l’équipe du film.

Sortir du déni

L’histoire fictive du personnage est à chaque fois interrompue par la partie documentaire du film, c’est-à-dire les interventions des différents experts et militants de la société civile qui expliquent le danger de s’accommoder à ce genre de situations qui vont à l’encontre des droits de l’Homme, du principe de dignité acclamé à la révolution du 14 janvier 2011 et la loi du 3 août 2016 contre la traite des êtres humains.

Cependant, entre la promulgation de cette loi et l’état des lieux, il existe un réel hiatus. Mais les choses semblent en cours de changement puisqu’on est en train de sortir du déni pour placer cette question longtemps restée dans l’ombre au centre des débats, surtout après la création de l’INLTP qui est en train de mener une grande campagne de sensibilisation.

Les deux cinéastes :Ines Tlili et Soumaya Ben Cheikh.

Les différents intervenants ont expliqué que la crise économique, l’injustice sociale et le taux de chômage élevé sont les principales causes qui font que beaucoup de personnes se retrouvent dans des situations précaires et deviennent une proie facile à différentes formes d’exploitation. Et ce sont les femmes et les enfants qui sont de loin les premières victimes des travaux forcés.

Le cinéma a le pouvoir de toucher le grand public et de sensibiliser les citoyens sur toutes sortes de sujets, beaucoup plus que certaines conférences ou autres supports. Ce film est une invitation à réfléchir collectivement sur les différentes formes de traite des humains que chacun de nous est susceptible de constater dans le quotidien, et qui représente la troisième forme de trafic la plus répandue au monde.

Cependant, ce moyen-métrage n’a pas réussi à traiter le sujet aussi profondément qu’il le mérite, car aucun chiffre ni statistique n’ont été révélés et la parole a été donné seulement aux experts et pas une seule fois à une victime de traite, chose qui aurait donné un caractère plus véridique et poignant au film.

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