Le consensus avec Ennahdha a vécu…

Par Khaled Guezmir

De partout, on continue à faire le bilan de ce petit séisme électoral qui a eu au moins le mérite de consolider la pause sociale (et touchons du bois) et de permettre à l’économie de respirer, puisqu’on annonce, for discrètement, une baisse du déficit de la balance commerciale pour le mois d’avril 2018 !

Faut-il, par ailleurs, donner toute cette importance au phénomène abstentionniste alors que le monde entier et rien qu’hier, au Liban, pour les législatives, vit cette nouvelle culture de la désaffection politique.

S’inquiéter outre mesure sur le refus des jeunes à tremper leurs doigts dans l’encrier mauve, peut paraître légitime, mais les jeunes s’en foutent, car les séniors ont capturé leurs rêves et vivent plus longtemps que prévu du fait des progrès vertigineux de la médecine !

En quoi ça regarde un jeune de 20 à 30 ans, que Mme Abderrahim ou M. Idir soient « maires » de la citadelle de la Kasbah, la première sous les couleurs de l’islamisme politique et le second sous celles de Nida Tounès qui nage dans le pluri-culturalisme le plus vaporeux de moins en moins bourguibien et de plus en plus indiscernable même pour les meilleurs analystes politiques !!

Il fut un temps où le « Nida » attirait la masse des attachés à la modernisation tunisienne toute aussi spécifique, que l’identité musulmane de notre peuple. Or, ce crédo a été noyé par le « tawafouk » (consensus) avec les islamistes qui ont tout récolté laissant quelques miettes au dernier carré des Nidaïstes autour de M. Hafedh Caïed Essebsi le directeur exécutif  du parti.

La stratégie a été parfaite du cheikh des « frères nationaux ». Laissez le Nida admirer les « nuages pluvieux » au-dessus de la tête de l’empereur Haroun Arrachid, avec le sentiment qu’ils arroseront ses terres, puis donnons-lui l’impression  qu’il « gouverne » avec tous les honneurs des partis au pouvoir,  puis attendons le au tournant des échecs, des crises et des doutes… Une fois assommé, la mécanique nahdhaouie fera le reste,  comme elle l’a fait en Allemagne pour lâcher le candidat nidaïste aux législatives partielles et maintenant aux municipales !

Pour les Nidaïstes qui ont encore de la mémoire et quelques illusions sur le « tawafouk », avec les islamistes, rappelons qu’aux élections présidentielles de 2014, le candidat du CPR, Dr. Moncef Marzouki dont le parti était crédité d’à peine 13% des suffrages  a récolté plus de 43% des votes… L’électorat  du parti islamiste Ennahdha est passé par là contre leur « meilleur allié » M.Béji Caïed Essebsi en personne, qui n’est arrivé à la magistrature suprême à Carthage,  que grâce à 1 million de voix, des femmes libres de Tunisie « Hraïer Tounès » !

Par conséquent, rien ne se perd, et ceux qui espèrent que le « tawafouk » avec Ennahdha, donnera la présidence de la République aux nidaïstes, à nouveau en 2019, risquent  un réveil autrement plus cauchemardesque, l’année prochaine…. Et à bon entendeur !

Il est difficile à chaud,  et avec les tractations  qui s’annoncent pour sauver  les quelques meubles restants, et récupérer  quelques municipalités au niveau des maires, à l’Etat major autour de M. Hafedh Caïed Essebsi, de remettre à niveau et en profondeur la machine nidaïste qui prend de l’eau de partout.

Niveau communication,  un désastre, car ceux qui sont censés parler au nom du Nida, n’ont pas compris que leurs discours n’accrochent plus ! Les 35% au moins des indépendantistes auraient pu, largement s’intégrer au Nida, comme ce fut le cas en 2014 avec la bonne campagne et le charisme  de BCE, qui a pu regrouper  les destouriens, les bourguibiens, la gauche centriste et le million de Hraïer Tounès. Or, ces messieurs n’ont pas compris… qu’ils n’ont rien compris ! Fanfaronner que le parti a résisté aux attaques  malines des « médias » et des « félons » qui ont quitté le navire  nidaïste, ne convainc plus personne y compris au sein de la famille nidaïste qui s’accroche dramatiquement à son parti.

M.Hafedj Caïed Essebsi, doit aller  à la chirurgie et remodeler complètement le parti et ses structures centrales. Et là « Paris vaut bien une messe » !

Les sacrifices s’imposent y compris parmi la garde rapprochée qui lui a fait, ainsi qu’au parti, plus de mal que de bien et cela tout le monde le sait et en parle ouvertement.

Par ailleurs, le « tawafouk » et pas seulement avec Ennahdha, doit être cerné de façon à sauvegarder les intérêts majeurs du Nida en tant que parti et projet moderniste rassembleur des 65% de citoyens  qui n’ont pas voté Ennahdha et qui ne se reconnaissent pas dans l’islamisme politique, ni la gauche extrême. Pour cela, un vrai nouveau congrès fondateur et fédérateur s’impose.

Il faut tout simplement revenir à la case départ, celle qui a mené un certain après-midi de fin 2011 son père,  M. Béji Caïed Essebsi compagnon de Bourguiba, à Monastir pour être accueilli par un ras de marée  aux cris de : « Ya Béji… ya Béji »… J’y étais personnellement comme témoin dans les gradins populaires de la grande salle de sport couverte  de Monastir avec plus de 10.000 personnes dedans et autant dehors.

Tout retard supplémentaire à pareille démarche risque de faire avorter les ambitions du Nida en 2019, voire même annoncer sa déconfiture complète en 2019 et suivants.

« Biyedi… la biyedi aâmer » (je le ferais de ma main et non par celle de Aâmer), dit le proverbe.

M. Hafedh Caïed Essebsi sait ce qu’il doit faire et à lui de le faire même contre son propre camp et ceux qui n’ont pas le métier et le savoir-faire pour redistribuer les cartes  et donner une nouvelle vigueur au mouvement Nida Tounès.

Les cartes en politique diriez-vous ! Eh oui, il faut savoir jouer gagnant… même quand on perd… Donc Machki… El Karta !

K.G




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