Va-t-on laisser la corruption mener la Tunisie à la ruine ?

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Quand les élites politiques et économiques tunisiennes vont-elles vraiment se résigner à mettre fin au système de corruption qu’elles ont mis en place et dont elles ont bénéficié pendant plusieurs décennies?

Par Amor Abbassi *

La corruption financière et administrative qui prévalait à l’époque des présidences de Bourguiba et de Ben Ali n’était un secret pour personne. Des rumeurs circulaient alors à propos de hauts fonctionnaires, de ministres et de proches des deux chefs d’Etat, qui auraient trempé dans des transactions suspectes en relation avec les marchés publics ayant fait l’objet d’appels d’offres nationaux ou internationaux relatifs aux services, aux équipements et aux réalisations d’infrastructures. Cette corruption larvée a prospéré jusqu’en 2011, sans être dénoncée ouvertement, faute de preuves, par lâcheté ou laxisme complice, mais aussi faute de liberté d’expression.

Un système qui a survécu à la révolution de 2011

Bien que la révolution ait été le résultat logique des effets désastreux de la corruption et des actes de pillages dévastateurs commis par la famille de Ben Ali sur les équilibres socio-économiques de la Tunisie, aucune mesure n’a été prise par les gouvernements qui se sont succédé depuis pour endiguer ce fléau. L’impunité a été perçue comme une carte blanche et a permis la prolifération de la corruption et du pillage qui ont servi à leur tour à financer le terrorisme et même à alimenter les caisses de certains partis politiques.

Il n’est pratiquement pas possible d’évaluer aujourd’hui l’ampleur des préjudices (sociaux et économiques) subis par le peuple tunisien à cause de cette corruption et de ces pillages systématiques et banalisés qui ont profité à quelques poignées de personnes et appauvris le plus grand nombre.

Cependant, un rapport officiel publié par un comité de l’Onu récemment présenté lors d’une réunion des Nations Unies à Genève, en Suisse, vient nous révéler le préjudice financier subi par la Tunisie, en affirmant que les montants cumulés des fonds tunisiens pillés, déposés à l’étranger depuis l’indépendance jusqu’en janvier 2011, ont atteint 39 milliards de dollars, dont 34 milliards avaient été pillés durant la présidence de Ben Ali.

Il faut cependant signaler que ce montant a été calculé en additionnant les fonds pillés chaque année depuis 1956 jusqu’à 2011 sans compter leur actualisation et leur estimation au jour d’aujourd’hui, c’est-à-dire en 2018. Une telle actualisation au taux de 6% l’an donnerait la somme de 141 milliards de dollars. C’est énorme pour le cas d’un petit pays comme la Tunisie qui, n’eut été cet énorme pillage, aurait eu, aujourd’hui, un PNB proche de ceux de certains pays développés, comme la Corée du Sud.

Les employés de la BFT manifestent pour appeler au sauvetage de leur banque en quasi-faillite.

Une élite qui conjugue l’indécence à l’irresponsabilité

C’est ce pillage continu opéré par les détenteurs du pouvoir, qui a handicapé l’essor, le développement économique et social et causé le malheur que subit le pays encore aujourd’hui, dans l’indifférence ou le laisser-aller complice d’une élite politique et économique qui a dépassé toutes les limites de l’indécence et de l’irresponsabilité.

Car comment expliquer que l’affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT), un véritable scandale d’Etat qui a éclaté au milieu des années 1980, ait perduré jusqu’à ce jour, sans que les gouvernements successifs n’aient cherché à le régler de manière juste et raisonnable. Ce qui va se traduire aujourd’hui, après la condamnation de l’Etat tunisien par le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) relevant de la Banque mondiale (BM), par une sanction financière pouvant dépasser 1 millions de dollars.

Il va sans dire que faire payer ce montant par le trésor de l’Etat, c’est-à-dire par le contribuable tunisien, aujourd’hui exsangue, serait une grave injustice, car ceux qui ont causé la faillite de cette banque en ne remboursant pas (ou partiellement) les crédits qu’elle leur avait accordés, qui plus est, sans garanties, se la coulent douce et profitent, eux et leurs enfants, des fortunes amassées grâce aux privilèges dont ils ont bénéficié par clientélisme politique et corruption économique.

Laissera-t-on faire cela ?

* Ingénieur général du génie maritime.

Article lié:

Affaire de la Banque franco tunisienne : Pleins feux sur un scandale d’Etat

Articles du même auteur dans Kapitalis: 

De la crise à la dépendance : L’économie tunisienne de 2010 à 2017

Pourquoi la Tunisie a-t-elle raté sa chance d’émerger ?

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La corruption financière et administrative qui prévalait à l’époque des présidences de Bourguiba et de Ben Ali n’était un secret pour personne. Des rumeurs circulaient alors à propos de hauts fonctionnaires, de ministres et de proches des deux chefs d’Etat, qui auraient trempé dans des transactions suspectes en relation avec les marchés publics ayant fait l’objet d’appels d’offres nationaux ou internationaux relatifs aux services, aux équipements et aux réalisations d’infrastructures. Cette corruption larvée a prospéré jusqu’en 2011, sans être dénoncée ouvertement, faute de preuves, par lâcheté ou laxisme complice, mais aussi faute de liberté d’expression.

Un système qui a survécu à la révolution de 2011

Bien que la révolution ait été le résultat logique des effets désastreux de la corruption et des actes de pillages dévastateurs commis par la famille de Ben Ali sur les équilibres socio-économiques de la Tunisie, aucune mesure n’a été prise par les gouvernements qui se sont succédé depuis pour endiguer ce fléau. L’impunité a été perçue comme une carte blanche et a permis la prolifération de la corruption et du pillage qui ont servi à leur tour à financer le terrorisme et même à alimenter les caisses de certains partis politiques.

Il n’est pratiquement pas possible d’évaluer aujourd’hui l’ampleur des préjudices (sociaux et économiques) subis par le peuple tunisien à cause de cette corruption et de ces pillages systématiques et banalisés qui ont profité à quelques poignées de personnes et appauvris le plus grand nombre.

Cependant, un rapport officiel publié par un comité de l’Onu récemment présenté lors d’une réunion des Nations Unies à Genève, en Suisse, vient nous révéler le préjudice financier subi par la Tunisie, en affirmant que les montants cumulés des fonds tunisiens pillés, déposés à l’étranger depuis l’indépendance jusqu’en janvier 2011, ont atteint 39 milliards de dollars, dont 34 milliards avaient été pillés durant la présidence de Ben Ali.

Il faut cependant signaler que ce montant a été calculé en additionnant les fonds pillés chaque année depuis 1956 jusqu’à 2011 sans compter leur actualisation et leur estimation au jour d’aujourd’hui, c’est-à-dire en 2018. Une telle actualisation au taux de 6% l’an donnerait la somme de 141 milliards de dollars. C’est énorme pour le cas d’un petit pays comme la Tunisie qui, n’eut été cet énorme pillage, aurait eu, aujourd’hui, un PNB proche de ceux de certains pays développés, comme la Corée du Sud.

Les employés de la BFT manifestent pour appeler au sauvetage de leur banque en quasi-faillite.

Une élite qui conjugue l’indécence à l’irresponsabilité

C’est ce pillage continu opéré par les détenteurs du pouvoir, qui a handicapé l’essor, le développement économique et social et causé le malheur que subit le pays encore aujourd’hui, dans l’indifférence ou le laisser-aller complice d’une élite politique et économique qui a dépassé toutes les limites de l’indécence et de l’irresponsabilité.

Car comment expliquer que l’affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT), un véritable scandale d’Etat qui a éclaté au milieu des années 1980, ait perduré jusqu’à ce jour, sans que les gouvernements successifs n’aient cherché à le régler de manière juste et raisonnable. Ce qui va se traduire aujourd’hui, après la condamnation de l’Etat tunisien par le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) relevant de la Banque mondiale (BM), par une sanction financière pouvant dépasser 1 millions de dollars.

Il va sans dire que faire payer ce montant par le trésor de l’Etat, c’est-à-dire par le contribuable tunisien, aujourd’hui exsangue, serait une grave injustice, car ceux qui ont causé la faillite de cette banque en ne remboursant pas (ou partiellement) les crédits qu’elle leur avait accordés, qui plus est, sans garanties, se la coulent douce et profitent, eux et leurs enfants, des fortunes amassées grâce aux privilèges dont ils ont bénéficié par clientélisme politique et corruption économique.

Laissera-t-on faire cela ?

* Ingénieur général du génie maritime.

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